APPEL AU PUBLIC
de logique et d’argumentation pressée, et aussi d’ironie et d’amer sarcasme. Mais l’on ne s’attend guère à de la modération et à des procédés chevaleresques de la part d’un homme poussé aux extrémités, et qui n’a plus rien à ménager. Aussi, ne ménage-t-il personne, pas plus l’Académie que son président, du moins cette fraction de l’Académie au peu de fermeté de laquelle avait été arraché cet arrêt inique.
Ou comprend l’effet d’une pareille bombe au sein du camp ennemi. Yoltaire, dans sa lettre du 1" octobre, à madame Denis, s’exprimait ainsi sur le pamphlet du professeur de La Haye: « Je vous envoie hardiment Y Appel au public, de Kœnig. Vous lirez avec plaisir l’histoire du procédé. Cet ouvrage est parfaitement bien fait; l’innocence et la raison y sont victorieuses. Paris pensera comme l’Allemagne et la Hollande. » Nous n’eussions pas été fort éloigné de croire que cet Appel , dont il fait un si grand éloge, lui eût été antérieurement communiqué, et qu’il ne se fût pas borné à en dire son avis. Grave erreur. Yoltaire s’était si peu mêlé à toutes ces chiffonneries, qu’il n’en savait point le premier mot; et il ne se fût pas imaginé, dans la naïveté de son cœur, après la sentence de l’Académie, que Maupertuis pût ne pas avoir raison. «J’ai lu, monsieur, mandait-il à Kœnig, le 17 novembre, votre Appel au public, que vous avez eu la bonté de m’envoyer, et je suis revenu sur le champ du préjugé que j’avais contre vous. Je n’avais point été du nombre de ceux qu’on avait Constitués vos juges, ayant passé tout l’été à Potsdam; mais je vous avoue que, sur l’exposé de M. de Maupertuis, et sur le jugement pronoucé en