LETTRES DE MAUPERTUIS
conséquence, j’étais entièrement contre votre procédé. » Qui prétendait donc que la Réponse d'un académicien de Berlin à un académicien de Paris était de Voltaire, cet exposé si net, si renseigné de la querelle des deux savants? Mais cet Appel lui a ouvert les yeux, comme au public : quiconque l’a lu a dû être convaincu de la parfaite innocence de son auteur et des infâmes procédés de Maupertuis. Toutefois encore, à l’égard de Maupertuis, y a-t-il lieu à certaines réserves. « J’étais plein de ma surprise, ajoute-t-il, et de mon indignation, ainsi que tous ceux qui ont lu votre Appel: mais l’une et l’autre cessent dans ce momentci. On m'apporte un volume de lettres 1 que Maupertuis a fait imprimer il y a un mois : je ne peux plus que le plaindre; il n’y a plus à se fâcher2. » On se doute bien que cette épître n’était pas de simple politesse et que Kœnig, au moins tacitement, était parfaitement autorisé à user d’elle à sa plus grande convenance.
Maupertuis, assez gravement malade et se sentant complètement incapable d’aucune œuvre suivie, mais ne pouvant davantage rester l’esprit oisif, l’intelligence inactive, s’était avisé de composer des lettres sur tous les sujets, selon l’inspiration du moment, probablement aussi, et c’est leur excuse, dans cette surexcitation que donne l’ardeur de la fièvre. Le petit avertissement qu’il met en tête de la première n’est
1. i On m’apporte • est une façon de dire. Dana sa lettre du I«r novembre h madame Denis, dix-sept jour* auparavant, Voltaire parle des lettres de Maupertuis en homme qui les sait par cutur.
î. Voltaire, OEavrei complltn (Beuchol). t. LVI, p. 227. Lettre de Voltaire il Kœnig; le 17 novembre 1752.