‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 282 sur 431 · ÉTRANGES IMAGINATIONS · texte numérisé non relu

ÉTRANGES IMAGINATIONS

pas rassurant : a Je m’affranchis d’une gène à laquelle je n’aurois pu me soumettre : je ne suivrai aucun ordre; je parcourrai les sujets comme ils se présenteront à mon esprit; je me permettrai peut-être jusqu'aux contradictions; je dirai sur chaque sujet ce que je pense au moment où j’écris ; et quelles sont les choses sur lesquelles on doive toujours penser de la même manière 1 * * * ! » Ces lettres, au nombre de vingt-trois, sont ce qu’il y a de plus étrange, de plus fou; les paradoxes les plus hétéroclites s’y donnentla main. Ainsi, il nous dira que l’âme, qui, à l'état ordinaire, voit le présent, pourrait dans un état plus exalté voir aussi nettement l’avenir que le passé. Puis, à propos de la durée de la vie, il prétendra gravement qu’un moyen d’en étendre les bornes serait de ralentir la végétation de nos corps 5 ; il voudrait ailleurs que l’on creusât un trou gigantesque pour pénétrer dans l’intérieur de la terre; il voudrait aussi que l’on fit sauter une pyramide d’Égypte pour être édifié, une bonne fois, sur ce que recèlent ces prodigieuses et mystérieuses constructions : « L’usage de la poudre rendrait aujourd’hui facile le bouleversement total d’une de ces pyramides; et le Grand-Seigneur les abandonneroit sans peine à la moindre curiosité d’un roi de France. » L’on apprend lentement et l’on apprend mal la langue latine, cette langue de tous les peuples; pourquoi ne pas créer une ville latine, où l’on ne prêcherait, plaiderait,

I. Maupertuli, OEuvret (Lyou, 1768), t. Il, p. 221. Lettre pre-

mière.

î. Ibid., 1. Il, p. 313, 315. Lettre XIX, »ur l’Art de prolonger

la vie.

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