LETTHE D'UN ACADÉMICIEN DE BERLIN
inconnu, ou comme les imposteurs les plus effrontés ont coutume de calomnier la ■vertu. » Ce début promet, et on peut tout attendre sur ces prémisses.
Notre prétendu académicien, poursuit le champion de Maupertuis, après avoir débité des mensonges aussi manifestes que ceux que j’ai rapportés plus haut, ne s’arrête pas en si beau chemin ; et comme si son effronterie s’accroissait i mesure qu’il répand son venin, il assure que M. de Maupertuis deshonore notre académie. Pour celui-là. je ne m'y attendais pas. Les anciens ont avec bien de la sagesse appelé les méchants des furieux, à cause que la méchanceté est une espèce de délire qui égare la raison. Ce faiseur de libelles sans génie, cet ennemi méprisable d’un homme d’un rare mérite, n'a-t-il pu trouver d'autre calomnie plus apparente dans la stérilité de son imagination qu’un disparate semblable? n’a-t-il pas compris qu'un crime utile étant révoltant, un crimo inutile devient le comble de l’infamie? Une grossièreté aussi plate, une proposition aussi absurde ne mérite en vérité pas de réponse...
Je 11e plains pas notre président; il a de commun avec tous les grands hommes d’avoir été envié, et d’avoir réduit ses ennemis à inventer contre lui des absurdités. Mais je plains ces malheureux écrivains qui s'abandonnent insensiblement à leurs passions, et que leur méchanceté aveugle au point de trahir en môme temps leur frivolité, leur scélératesse, leur ignorance...
Vous voyez comme les ennemis de M. de MauperLuis se sont trompés. Ils ont pris l’envie pour l’émulation, leurs calomnies pour des vérités, lo désir de perdre un homme pour sa ruine réelle, l’espérance de le réduire au désespoir pour la 6n désastreuse de sa vio, et leur folie pour la méchanceté la mieux ourdie. Qu’ils apprennent enfin qu'ils se sont abusés dans leur dessein et dans leurs conjectures, et que, s’il y a des gens assez lâches pour oser calomnier de grands hommes, il s’en trouve encore d’assez vertueux pour les défendre '.
On ne sut pas tout d’abord quel était le coupable. « Les journalistes d’Allemagne, qui ne se doutaient
1. Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Prcusa.), t, XV, p. 60, 64. Lettre d'un académicien de Berlin à un académicien de Paria.