ATTITUDE DU POÈTE
guère qu’un monarque qui a gagné des batailles fût l’auteur d’un tel ouvrage, en ont parlé librement comme de l’essai d'un écolier qui ne sait pas un mot de la question1. » Mais une seconde édition ayant paru à Berlin, avec l’aigle de Prusse, une couronne, un sceptre en tête du titre, on ne put dès lors douter d’où partait le coup. Cela étonna bien tout le monde, à commencer par Yoltaire, qui eut un instant de stupeur. En somme, cet écrit anonyme ne faisait que répliquer àun écritanonyme ; et n’ctait-il pas, lui, complètement étranger atout cela? C’est à peine si le bruit de cette dispute scandaleuse est arrivé jusqu’à lui. «J’ai d’autant plus sujet de me plaindre de lui, écrit-il à La Condamine en parlant de Maupertuis, le 12 octobre, que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour adoucir la férocité de son caractère. Je n’en suis pas venu à bout. Je l’abandonne à lui-même ; mais, encore une fois, je n’entre pour rien dans les querelles qu’il se fait et dans les critiques qu’il essuie2... » Remarquez la date de cette lettre, écrite guère moins d’un mois après la Réponse d'un académicien de Berlin d un académicien de Paris. Et ce n’est pas sa seule protestation de ce genre. Il veut se tenir à l’écart de ces tristes débats ; il est à Potsdam souffreteux, impotent, et s’inquiète peu de ce qui se passe à Berlin. Disons, à titre de paillatif, qu’il s’adressait à un ami de Maupertuis, également le sien, et qu’il tenait à écarter tout ce qui
1. Voltaire, Œuvret complilea (Bouchot), t. LVI, p. Î05. Lettre de Voltaire à madame Dénié; à Potadam, ce 15 octobre 1762.
2. Ibid., t. LVI , p. 200, Lettre de Voltaire à La Condamine ; le 12 octobre 1762.