‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 29 sur 431 · LA POLITIQUE DU MÉDECIN DE MACHIAVEL · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DU MÉDECIN DE MACHIAVEL

des ressorts influait considérablement sur cette partie de nousinéme que les métaphysiciens appellent l’âme. Rempli de ces idées pendant sa convalescence, il porta hardiment le flambeau de l'expérience dans les ténèbres de la métaphysique ; il tenta d’expliquer, à l'aide de l'anatomie, la texture déliée de l’entendement, et il ne trouva que de la mécanique où d'autres avaient supposé une essence supérieure à la matière. Il fit imprimer ses conjectures philosophiques, sous le titre d' Histoire naturelle de l’àme. L'aumônier du régiment sonna le tocsin contre lui, et d’abord tous les dévots crièrent1 2 3.

La Mettrie quitta alors le régiment des gardes, contraint et forcé, disent les uns, de son plein gré, à ce qu’il prétend ; d’ailleurs regretté des officiers de son corps qui devaient s’accommoder d’un compère d’une gaieté imperturbable, que rien n’était capable de contenir, et qui, un jour de carnaval, se présentait en domino au chevet de son malade*. 11 fut alors nommé médecin en chef des hôpitaux militaires de Lille, Gand, Bruxelles, Anvers et Worrns, et employa les loisirs que lui laissaient ses fonctions à se recruter de nouveaux et implacables ennemis.

La Politique du médecin de Machiavel , ou le Chemin de la fortune ouvert aux médecins , par le docteur Fum-ho-ham (sans date, mais qui est de 1746’), remplissait merveilleusement le but qu’il voulait at-

1. OEuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuas.), t, VII, p. 42. Éloge de La Mettrie.

2. Ouvrage de Pénélope on le Machiavel en médecine (Berlin, 1750). Suppl, avec clef, p. 27.

3. ln-12 de xxvm et G4 pages (Amsterdam, frères Bernard). La Mettrie l’a presque en totalité fait entrer dans l 'Ouvrage de Pénélope ou le Machiavel en médecine (Berlin et Genève, 1748), 2 vol. in- 1 2 , auxquels, comme on vient de l’indiquer, ii a joint un supplément avec clef (Berlin, 1750), in- 12.

LA FACULTÉ VENOÉE.

teindre, et l’ouvrage fut condamné, par arrêt du parlement du 9 juillet, à être lacéré et brûlé par l’exécuteur de la haute justice. C’était là un succès; aussi La Mettrie publiait-il, l’année suivante, sous le titre de la Faculté vengée, une comédie satirique où tout le corps médical était attaqué avec la dernière violence. Chaque médecin avait son sobriquet approprié, autant que faire se pouvait, à l’homme et à ses ridicules. Bouillac y était désigné par celui de Sot-en-cour, Bourdelin par celui de Boudineau. Procope s’appelait Bavaroise eu souvenir de sou père le cafetier; et Sidobre, auquel il avait dû pourtant d’être placé auprès du duc de Grammont, Muscadin. Sidobre était fort recherché, à ce qu’il paraît, dans sa toilette et faisait de la médecine en petit-maître, comme cela ressort de ce bout de dialogue avec Pluton :

Pluton : Vous avez l’air vous-même d’un grand seigneur, on diroit que vous auriez fait la fortune d’un intendant. Le beau linge! les superbes dentelles! le beau blond! Je n’ai jamais vu de plus belles perruques I Le beau diamant! et le magnifique bec-à-corbin !

Muscadin ■■ Je suis tout or, jusqu’à mes boucles et mon plat à barbe. Je porte en hiver des chemises de coton ün '...

Au moins, est-ce là un trait de mœurs. Sidobre n’était pas le seul original que renfermât alors la Faculté, dont plus d’un membre était sorti de la gravité traditionnelle pour tomber eu l’excès opposé. Ce devait être même un des signes du temps, et, quelques an-

I. La Faculté vengée, comédie en Irois actes, par M***, docteur régent de la Faculté de Paris (Paris, Quillau, 17 17), p. 110, acte 11, scène vin.

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