LETTRE D'EULER
raltre à Dresde dans la Bibliothèque raisonnée *, sans nom d’auteur, mais incontestablement de lui *. Cet article est curieux ; il annonce la Diatribe et contient en germe, bien que sous une forme sérieuse et anodine, toutes les plaisauteries de l 'Akakia.
Cette vive sortie de Frédéric était bien faite pour rendre le courage à Maupertuis et aux siens. Euler s’arme de nouveau ; et, au post-scriptum d’une lettre adressée à M. Mérian, une des créatures de l’illustre président, il se fait fort de couler à fond tout cet échafaudage de faits controuvés5. Maupertuis, enchanté, dépêche aussitôt à son ami une lettre qu’il ne faut pas distraire du dossier et qui, en réalité, s’adressait encore
1. Bibliothèque raisonnée, article X, p. 158 : mois de juillet, août et septembre 1752.
2. Voltaire, Œuvres complètes (Reuchot), t. XXXIX, p. 139 à 153. L’abbé Scpher afflrme d’ailleurs que cette pièce est de Voltaire, et Pldansat de Hairobert l'as ait jointe aux autres morceaux dont 11 publia l’ensemble sous le titre de la Querelle de Jf. de Voltaire et de M. de Maupertuis, (1753); mais lleucholest le premier édileurqui l’ait admise dans les Œuvres. Il faut dire, en outre, que Maupertuis, en même temps qu’il enrichissait l’édition de Dresde de ces étranges thèses, reproduisait la lettre sur le progrès des sciences, dans le petit volume de lettres dont le poêle devait faire la fortune ; cela était à indiquer, et explique la maligne allusion de Voltaire, que l’on trouvera plus loin, sur un double emploi dont l'auteur et les libraires avaient plus A se louer que le leeleur, t. XXXIX, p. 475. La Lettre sur te progrès des sciences était annoncée déjà dans la Galette i'Vtreclit du mardi 23 mai 17 52 (n° XLV11I), supplément.
3. Lettres concernant le jugement de l'Académie, p. 3 A 26. Lotlre de M. Euler A M. Mérian; à lierlln, le 3 septembre. Nous croyons peu A celle date ; en tout cas, ces lettres ne devaient être rendues publiques que plus de deux mois après, puisque Frédéric ne lan(a sa défense do Maupertuis que parce qu'aucune voix ne s’élevait tu faveur de l'illustre opprimé, comme il le dit dans sa lettre du 7 novembre.
INDIFFÉRENCE DÉDAIONEUSE. 347
plus au public qu’à Euler. Il avait à démentir certains bruits qui ne lui faisaient point honneur. On prétendait qu’il avait écrit à la gouvernante des Provinces- Unies et à la cour de Brunswick, pour ôter au bibliothécaire de la princesse tous moyens de se justifier Il s’était borné à prier S. A. R. de le mettre désormais à couvert des attaques de Kœnig et d’imposer silence à ce dernier sur ce qui pouvait le toucher1 2. C’était déjà trop ; et l’on a mauvaise grâce (cela soit à l’adresse de Voltaire comme de Maupertuis) d’user de sou crédit pour éteindre la voix d’un homme sur la tête duquel on a provoqué une enquête et un arrêt.
En somme, toutes ces attaques touchent peu Maupertuis: la lettre de Leibnitz, fût-elle aussi réelle qu’elle est incontestablement fabriquée, « j’aurai toujours l’avantage, riposte-t-il, de m’être servi plus heureusement que lui d’un instrument qu'il avait sous la main, comme je l’ai déjà dit dans la préface de ma Cosmologie. » A la bonne heure! et notre président envisagerait tout cela comme ne le considérant point, sans une <t accusation odieuse » qu’il n’avait pas le droit d’accueillir par un dédaigneux silence :
Je suis dans une assez parfaite indifférence sur la découverte du principe de la moindre quantité d’action, ou sur l’usage que j’en ai fait. Je ne suis pas plus ému des termes indécens dont se sert M. Koenig. Je ne serais pas si tranquille sur un autre article de son Appel, s’il avoit le moindre fondement. Il
1. Lettre de M. le marquis de L” N" û la marquise A** G** »ur le procès intenté par M. de Maupertuis contre M. Kœnig (Londres, 1752), p. 38.
2. Lettres concernant le jugement de l’Académie, p. 28, 29. Lettre de M. de Maupertuis à M. Euler.