HÉRÉSIES OU JEUNE AUTEUR
Noire jeune raisonneur prétend qu’il faut que les médecins ne soient plus qu'empiriques et leur conseille de bannir la théorie. Que diriez-vous d'un homme qui voudrait qu'on ne se sorvit plus d'architectes pour bâtir des maisons, mais seulement de maçons qui lailleruieut des pierres au hasard ?
Il donne aussi le sage conseil de négliger l’anatomie *. Nous aurons cette fois-ci les chirurgiens pour nous. Nous sommes seulement étonnés que l’auteur qui a eu quelques petites obligations aux chirurgiens de Montpellier, dans dos maladies qui demandaient une grande connaissance de l'intérieur de la tête et de quelques autres parties du ressort de l’anatomie, en ait si peu de reconnaissance. T.
Mais si notre auteur est ignorant, on est obligé d'avouer qu'il a en récompense une imagination singulière. Il veut, en qualité de physicien, que nous nous servions do la force centrifuge pour guérir une apoplexie *, et qu’on fasse pirouetter le malade. L’idée, à la vérité, n’est pas de lui ; mais il lui donne un air fort neuf.
Il nous conseille* d’enduire un malade de poix résine, ou de percer sa peau avec des aiguilles. S'il exorce jamais ia médecine, et qu’il propose de tels remèdes, il y a grande apparence que scs malades suivront l'avis qu'il leur donne de no point pajerle médecin.
Mais ce qu’il y a d’étrange c’est que ce cruol ennemi de la Faculté, qui veut qu’on nous retranche notre salaire si impitoyablement, propose ", pour nous adoucir, do ruiner les malades. Il ordonne (car il est despotique) que chaque médecin ne traite qu'une seule infirmité : de sorte quo si un homme a la goutte, la fièvre, lo dëvolment, mal aux yeux, et mal à l’oreille, il lui faudra payer cinq médecins au lieu d'un ; mais peut-être aussi que son intention est que nous n’ayons chacun que la cinquième partie de la rétribution ordinaire : je reconnais bien là sa malice...
1. Maupertuie ÔEuvree (Ljon, 1768), t. II, p. 31T. Lettre XV, Sur la médecine.