‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 307 sur 431 · ARDEUR DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

ARDEUR DE VOLTAIRE

noré de quelques articles de votre main, ferait du bien au monde. Chérisac coulerr.it à fond les saints Pères.» U va de sourceque Chérisac n’est autre que Voltaire.Mais qu’est-ce qu’une esquisse tracée d’ailleurs en un tour de main et en absence de documents! On a vu sur-lechamp l’importance de l’idée, et à l’article improvisé était joint un mémoire détaillé où se trouvait, avec le projet du livre, tout un plan économique qui n’était sans doutel’œuvre que d’une tête chaude etd’un cerveau brûlé, et qu’on soumettait, en toute humilité, à l’appréciation critique du philosophe de Sans-Souci. Dans le cas où le roi ne voudrait pas être en nom, l’on était là pour accepter et endosser les responsabilités de l’entreprise; c’était au prince à décider et à commander1. Mais cette besogne, qui sera le Dictionnaire philosophique, l’avait séduit et emporté, et Frédéric recevait articles sur articles, tout comme si Yoltaire n’eût pas fait autre chose, et qu’il n’y eût pas eu de Maupertuis au monde.

Si vous continuez du train dont vous allez, lui répond le roi, le Dictionnaire sera fait en peu de temps. L’article de l'Ame quo je reçois est bien fait; celui do Daptéme y est supérieur. Il semble que le hasard vous fait dire ce qui pourtant est la suite d’une méditation. Votro Dictionnaire imprimé, je ne vous conseille pas d'aller à Rome; mais qu’importe Rome, sa Sainteté, l’inquisition, et tous les chefs tondus des ordres religieux qui crieront contro vous! L’ouvrage que vous faites sera utile par les choses et agréable par le stylo ; il n’en faut pas d'avantage.

1. Voltaire, OEucres compléta (Reuchot), I. LVI, p. 187, 188. Lettre de Voltaire & Frédéric. Celte lettre est sans date, mais elle doit être de fin septembre, autant que nous en pouvons conjecturer.

Page 1