L'HOMME MACHINE
répliquer : « Tant il est vrai qu’à quelque chose malheur est bon! ma foi vive Pluton, et vive son jugement! combien je vois de maris qui voudroient être exilés à pareil prix 1 ! »
La Mettrie en était arrivé à ses fins : il avait ameuté contre lui les prêtres et les médecins, qui ne rirent pas, ces derniers, de ses plaisanteries d’aussi bon cœur qu’on pourrait le croire, et il jugea prudent de s’éloigner. Il se retira au Saz de Garni, où on le prit pour un espion ; mais, comme rien ne confirmait ces premiers soupçons, on se borna à le prier de choisir un autre lieu de résidence. Il se dirigea alors vers Leyde, où il vécut des secours de M. du Chayla. Ce fut dans cette ville qu’il écrivit son Homme machine. « Cet ouvrage, nous dit son panégyriste, qui devait déplaire à des gens qui par état sont ennemis déclarés du progrès de la raison humaine, révolta tous les prêtres de Leyde contre l’auteur : calvinistes, catholiques et luthériens oublièrent en ce moment que la consubstantiation, le libre arbitre, la messe des morts et l’infaillibilité du pape les divisaient; ils se réunirent tous pour persécuter un philosophe, qui avait de plus le malheur d’être Français, dans un temps où celte monarchie faisait une guerre heureuse à Leurs Hautes Puissances 2. » Cette coalition contre un seul homme
1. La Faculté vengée (Pari», 1747}, p. 182, acte III, scène x. Ce n'est pas le premier pamphlet de ce genre contre la médecine et les médecin» et écrit sou» forme dramatique. Un docteur liégeois, appelé de Lille, avait fait paraître, en 17 32, contre le docteur Procope, la Bavaroise de La Mettrie , une manière de comédie en trois acte» , imprimée à Liège, sou» le titre de : Le Docteur Fagotin.
2. OEuvrcs de Frédéric le Grand (llerlin, Preu»».), t. VII, p. 20. Éloge de La Mettrie.