‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 32 sur 431 · RETRAITE PRÉCIPITÉE · texte numérisé non relu

RETRAITE PRÉCIPITÉE

s’explique suffisamment, sans qu’il soit besoin d’y mêler les haines de peuple à peuple. Un Français réfugié ou poursuivi dans son pays était toujours favorablement accueilli dans les Provinces-Unies, en haine précisément de la France, et ce ne fut pas sa qualité de Français qui attira sur l’auteur de Y Homme machine l’indignation et les colères des prêtres de toutes les confessions. Quoi qu’il en soit, l’orage qu'il avait provoqué était des plus menaçants. Sa perte était décidée, et la fuite était le seul parti qui lui restât. Il lui fallait un guide sur; ce fut un libraire de Leyde qui lui en servit. Cette retraite ne s’effectua, ni sanB fatigue, ni sans dangers même; ils cheminaient à pied, la nuit, sans asile, sans aliments, sans autre auxiliaire qu’une gaieté imperturbable '.

Nous n’avons pas à faire l’analyse de ce livre qui était un défi jeté, non-seulement à toutes les croyances mais à toutes les branches de la philosophie spiritualiste. D’Holbach et Diderot même renieront La Mettrie comme un des leurs, et ce dernier ne verra en lui qu’un paillasse et un fou. Rien ne pouvait, en effet, déconsidérer plus gravement la libre pensée que ces œuvres de délire où tout était bafoué, jusqu’aux plus simples notions de morale. Le marquis d’Argens, qui avait dû vivre avec lui en bons rapports apparents, à la cour de leur commun maître, ne lui pardonne pas, pour sou compte, le mal qu’il a fait à la philosophie.

1. Fréron, Lettres sur quelques écrits de ce ti ms (Nancy, 17 53) , t. X, p. 105, 100. Lettre de M. Desormes , premier comédien du roi de Prusse, au sujet du célèbre La Mettrie.

Page 1