‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 311 sur 431 · IMPRESSION DU LIBELLE · texte numérisé non relu

IMPRESSION DU LIBELLE

coup d’erreurs. Voltaire, comme on l’a vu plus haut, avait facilement obtenu un privilège pour publier la Défense de Bolingbroke. Il profita sournoisement de ce permis pour imprimer son libelle contre Maupertuis. L’édition de Potsdam se fit. A en croire Thiébault, le roi dévora le pamphlet, dont l’auteur lui avait remis lui-même un exemplaire, riant à se tordre à chaque période. Par la tournure de son esprit, personne, en effet, n’était plus propre que lui à goûter cette verve, cette malice infernale. Mais, après avoir savouré, il fallait arrêter. Frédéric change de thèse et de visage, déclare à son chambellan qu’il ne pouvait tolérer un pareil scandale sans compromettre la dignité du souverain, et réclame de son amitié le sacrifice du libelle. Voltaire, facile à entraîner sauf à se raviser, consent à tout. Cette promesse arrachée, le roi s’efface de nouveau devant le railleur, devant l’homme affolé d’esprit. Qu’au moins, une fois encore, ils relisent ensemble ladiatiibe du bon docteur, et puis le feu fera sou office !

Voltaire lut le conte tout entier, ajoute Thiébault : à chaque moment il était interrompu par les applaudissements du monarque, qui trouvait quo tous les traits en étaient aussi gais que justement appliqués; on éclatait do rire, et, à la Qn de chaque cahier, lorsqu'il fallait le jeter au feu, on renouvelait les regrets. «Allons, du courage 1 6 Yulcainl Dieu cruel et vorace, voilà ta proie! b Et tandis que le cahier brûlait, on formait des danses antiques et sacrées devant lefover. Ce fut ainsi qu'on lut et qu'on brûla le docteur Akakia jusqu’au bout: jamais peut-être ces deux hommes no se sont permis de facétie plus comique '.

I. Diaudound Tliiéb&ull, Souvenirs de vingt an j de itjour U Berlin (Üldol, 1880), t. U,p. 343.

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