‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 314 sur 431 · SEMONCE DU ROI · texte numérisé non relu

SEMONCE DU ROI

tourner la chose en plaisanterie. Ne s’agissait-il pas, en effet, d’une plaisanterie exquise, comme il n’en surgit pas deux en un siècle? Mais Fredersdorff, qui avait ses instructions, riposta par la menace du fiscal et d’une grosse amende, ce qui ne laissa pas de rembrunir sensiblement le front du railleur. En somme, ce qu’on voulait de lui, c’était l’indication du lieu où il avait serré la Diatribe , et il fallut bien parler, quoique le cœur en saignât. Tous les exemplaires furent apportés et livrés aux flammes dans la chambre du roi, en présence de Sa Majesté, par Sa Majesté, et devant Voltaire, qui avait été mandé, et auquel on lava la tète d’importance. « Après bien des perquisitions et un détail assez ennuyeux, écrivait le surlendemain Frédéric à Maupertuis, je me suis emparé de Kaiaka (sic), que j’ai brûlé, et j’ai annoncé à l’auteur que sur-le-champ il falloit sortir de ma maisson ou renoncer au métier infâme de feseur de libele. De sorte que vous devez être tranquilisé de toutes les fassons1 2... » La Beaumelle, qui a eu sur cette affaire de YAkakia tous les détails que Maupertuis était à même de lui fournir, bien qu’en y mettant du sien, selon son habitude, rapporte les divers incidents de cette étrange comédie avec une certaine exactitude relative. « Quelques jours après, poursuit-il, le roi honora M. de Maupertuis d’une visite a, et lui

1. Cabinet de M. Feuillet de Conches, Lettres originales de Fré diric le Grand à Maupertuis, t. I, n° 76; 29 novembre 1752.

2. La Beaumelle se trompe. La visite que Frédéric lit au président de son Academie eut lieu le 2 novembre, et fut publiée dans tous lus journaux. Rodenbeck, Die Uelden-Gcsehichie , t. 111, p. 531. Mais après cette exécution en petit comité, le roi lui dépêchait, à sa place, Fredersdorff pour savoir de ses nouvelles et aussi sans doute lui

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