‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 315 sur 431 · ÉTRANGE FORMALITÉ · texte numérisé non relu

ÉTRANGE FORMALITÉ

raconta tout ce qui s’était passé. Cette insigne bonté le rappela des portes de la mort. Le roi lui apprit la circonstance la plus humiliante pour M. de Voltaire: c’est qu’il lui avait fait signer une promesse de ne jamais écrire contre la France, ni contre ses ministres, ni contre Maupertuis. » Tout cela est vrai en partie, et c’est déjà beaucoup pour La Beaumelle. Frédéric, en effet, envoyait à Voltaire, à la date du 27, pour qu’il la signât, l’étrange pièce qu’on va lire, entièrementde sa main royale.

Je promets à Sa Majesté que, tant qu’elle me fera la grâce do me loger au chatau, je n'écrirai contre personne, soit contre le gouvernement de France, contre les ministres, soit contre d'autres souverains, ou contre des gens de lettre illustre envers lesquels on me trouvera rendre les égards qui leur sont dus. Je n’abuserai point des lettres de Sa Majesté et je me gouvernerai d'une manière convenable à un hôme de lettre qui a l’honneur d’être chambelan de Sa Majesté, et qui vit avec des bonetes gens.

A moins qu’il ne considérât le Siècle de Louis XJV comme un libelle contre la France, Frédéric savait bien que Voltaire ne songeait d’aucune façon à s’attaquer aux souverains et à leurs ministres, et un engagement de sa part était plus qu’inutile. Ajoutons que semblable formalité avait un côté injurieux qu’aggravait encore le peu d’urgence de la mesure. Mais tout ce qui précède et tout ce qui suit n’était mis là que pour amener et escorter le passage relatif aux « gens de lettres

rendre compte de l'aventure dan» tou» se» détail». Voir une lettre de Berlin, du 9 décembre, dans In Gazette d'Ulrtcht du vendredi 16 décembre 175! (n» C), supplément.

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