LB LIBELLE BRULÉ
pas moyen de dire : je vais à Plombières au mois de décembre.
Il y a ici une espèce de ministre du Saint-Évangile, nommé Pérard1 2 3, né comme moi en France; il demandait permission d'aller à Paris pour ses affaires; le roi lui fit répondre qu’il connaissait mieux ses affaires que lui-méme, et qu'il n’avait nul besoin d’aller à Paris *.
Frédéric, en apprenant que le pamphlet circulait dans la ville, que Voltaire, malgré ses promesses, n’avait pas craint de lui manquer aussi essentiellement, se laissa aller à la plus violente colère ; ne voulant point d’ailleurs avoir le dessous dans une querelle où son autorité semblait si ostensiblement engagée, il décida que le libelle serait brûlé dans les carrefours de Berlin par la main du bourreau, ce qui eut effectivement lieu, le dimanche 24 décembre, vers les trois ou quatre heures du soir, notamment dans le voisinage de l’auteur, qui logeait alors dans la maison de M. de Franchcville, Taubenstrass, n° 20 s. Voltaire était venu de Potsdam pour prendre part aux divertissements du carnaval, et il assista à cet auto-da-fé, des fenêtres de son hôte : « Je fus témoin de cette brûlure, raconte Collini, sans en comprendre le sujet. J’allai sur-lechamp rendre compte à Voltaire de ce que j’avais vu. « Je parie, me dit-il, que c’est mon docteur qu’on vient « de brûler. » Voltaire se livra-t-il aux plaisanteries et aux gaietés qu’on lui prête; car quel chroniqueur ne
1. Jacques de Pérard, de l'Académie de BerllD. De 1746 à 1 7 50, Il travailla avec Forrney à la Nouvelle Bibliothèque germanique.
2. Voltaire, OBuvret complétée (Beuchot), t. LVI,p. 255, 256,257. Lettre de Voltaire à madame Denis; à Berlin, le 18 décembre 1782.
3. Forrney, Souvenirs d’un Citoyen (Berlin, 1789), t. I, p. 271. OEuvret de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. XIV, p. 170.