‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 33 sur 431 · UNE DÉDICACE · texte numérisé non relu

UNE DÉDICACE

La Mettrie, s'écrie-t-il avec indignation, n’est pas un épicurien. Et l'on a tort de le reprocher avec tant d’aigreur aux philosophes. Cel hommo ressemble aux sectateurs d’Épicure, comme le père Malagrida ressemble aux ministres d'Élat de la cour de Portugal.

Après avoir démontré combien la saine morale d'un saga est éloignée de celle d’un fou. qui en a voulu prendre le masque, je prouverai que non- seulement La Mettrie ne doit pas nuire aux philosophes, mais qu’il n'a pu se nuire à lui-mème parce qu'il étoit fou au pied de la lettre : il n'y avoit aucune idée, quelque fausse et quelque extravagante, qui se présentât à son esprit, qu’il ne suivit '...

La preuve que d'Argens donne à l’appui est un des épisodes qui peignent le mieux, en effet, ce cerveau détraqué , qu’aucune considération , qu’aucune convenance n’eussent touche. L 'Homme machine parut sans nom d’auteur, publié par un éditeur de Leyde, Élie Luzac , qui prétendit ignorer qui le lui avait adressé, et en combattit même plus tard les idées dans un écrit de sa façon, intitulé l'Homme plus que machine. En tête du manuscrit se trouvait une dédicace à Haller, que cel austère savant considéra comme le plus sanglant des outrages. « C’est la nécessité de me cacher, nous dit La Mettrie, qui m’a fait imaginer la dédicace à M. Haller. Je sens que c’est une double extravagance de dédier amicalement un livre aussi hardi que l'Homme machine à un savant que je n’ai jamais vu, et que cinquante ans n’ont pu délivrer de tous les préjugés de l’enfance ; mais je ne croyois pas que mon style m’eût trahi*. » L’on n’ignora pas longtemps, en effet,

1. Marquis d'Àrgens, O ce Uns Luc mut s (Utrechl, 1762), p. 242 ,

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