SON DÉSIR DE VENGEANCE
Quelques mois après, Frédéric écrivait à son ancien secrétaire Darget, établi à Paris :
Je ne m’étonne pas qu’on parie chez vous de la querelle de nos beaux-esprit : Voltaire est le plus méchant fou que j’aie connu de ma vie; il n'est bon qu’à lire. Vous ne sauriez imaginer toutes les duplicités, les fourberies et les infamies qu'il a faites ici ; je suis indigné quo tant d’esprit et tant de connaissances ne rendent pas les hommes meilleurs. J’ai pris le parti de Maupertuis, parceque c’est un fort honnête homme, et que l’autre avait pris à tâche de le perdre ; mais je ne me suis pas prêté à sa vengeance comme il l'aurait souhaité. Un peu trop d’amour propre l’a rendu trop sensible aux manœuvres d’un singe qu’il devait mépriser après qu'on l'avait fouetté *...
Si bous citons cette lettre où débordent le dépit et l’amertume, c’est qu’elle nous produit Maupertuis sous son vrai jour, et qu’elle nous révèle ses efforts pour pousser son royal protecteur dans la voie des sévérités implacables. Voltaire est son idée fixe, son cauchemar, il le voit partout, en entretient incessamment Frédéric qui essaye vai nement de le calmer, de le rassurer, de lui prêcher la modération et le stoïcisme. « A vous parler avec franchise, mon cher Maupertuis, répond le châtelain de Sans-Souci à l’une de ses missives éplorées, il me semble que vous vous affectez trop et pour un malade et pour un philosofe d’une affaire que vous deviez mépriser. Côment empêcher un hôme d’écrire, et côment l’empêcher de nyer toutes les impertinences qu’il a débité; si j’étois de vous, je ferois ce que je
2G décembre 1753. La Gazette de Hollande (2 janvier 1753) dit également, d’après une correspondance de Berlin, en date du 26 décembre, qu’on croyait que M. de Voltaire était l’auteur de la brochure.
1. OEuvret de Frédéric le Grand (Berlin, Prcu*».), t. XX, p. 39. Lettre de Frédéric à Darget; PoUdam, avril 1753.