COMMÉRAGES RIDICULES
pouvait s’attendre à tous les grands et petits désagréments de la défaveur, en un lieu où l'on n’osait penser, parler et agir que sous le bon plaisir du maître. Son parti fut bientôt pris. Tout cela ne faisait en définitive qu’amener un dénoûment inévitable et faciliter une retraite qui eût été, différemment, assez ardue à effectuer. « J’ai renvoyé, mandait-il à sa nièce à la date du 1 3 janvier, au Salomon du Nord, pour ses étrennes, les grelots et la marotte qu’il m’avait donnés et que vous m’avez tant reprochés. Je lui ai écrit une lettre très-respectueuse, car je lui ai demandé un congé. Savez-vous ce qu’il a fait? Il m’a envoyé son grand factotum de Federsdorff, qui m’a rapporté mes brimborions; il m’a écrit qu’il aimait mieux vivre avec moi qu’avec Maupertuis. Ce qui est bien certain, c’est que je ne veux vivre ni avec l’un ni avec l’autre. »
Que de commérages n’ont pas été répétés sur cette démarche finale de Voltaire ! Duvernet raconte qu’à la suite d’un entretien orageux entre le prince et son favori, Voltaire dit à son. domestique, dans l’antichambre même du roi, à Potsdam : « Débarrasse-moi, mon ami, de ces marques honteuses de la servitude. » Entendez par les grelots, les brimborions, les marques de servitude, sa croix et la clef de chambellan. « Quelques-uns, ajoute l’abbé, out prétendu qu’en se reti raut tout en colère, il les avait suspendus à la clef de la porte de la chambre du roi » Collini fait justice de ces absurdités. Lorsque le poète allait chez Frédéric, il n’avait pas de domestique à sa suite. Était-il croya-