PRÉTEXTES
La confiance était perdue, il ne cherchait qu’à prendre ses sûretés et à s’entourer de garanties. Après tout, n’était-il pas français, sujet et officier du roi Très-Chrétien? « Je ne puis vous dire, monsieur, écrivait-il deux ou trois jours après à l’envoyé de France, à quel point je suis pénétré de vos bontés ; je vous prie instamment d’y mettre le comble, en disant à M. de Podevils l’intérêt que vous daignez prendre à moy en général, en me regardant comme un officier de la maison du Roy, notre maître, qui est icy avec un passeport du Roy et avec une recommandation à tous ses ministres, et enfin comme un homme qui vous est particulièrement attaché '. » Quant à ce souper, dont il repousse jusqu’à la pensée, il allégua pour ne pas s’y rendre son état de santé, et demeura blotti dans sa chambre, comme cela ressort de sa correspondance avec le chevalier. « La fièvre, monsieur, m’a empêché de vous faire ma cour. Je ne doute pas qu’on ne dise à Potsdam que cette fièvre est de commande; il faudra que je meure pour me justifier... » Et cet autre billet : « Vous sentez quel besoin j’ai d’avoir l’honneur de vous parler et de vous ouvrir mon cœur. Je ne peux sortir : le roy de Prusse ne
traordlnaire dans celte affaire ; ce n'est pas tout cependant. La réponse de Voltaire au message du rot de Prusse met le comble & la singularité ; il a fait dire au roi de Prusse qull ne pouvoit pas aller souper avec lui (je suppose que le mot d'honneur n'a pas été oublié), qu'ils seroient trop embarrassés vis-à-vis l’un de l'autre. On ne sait point encore ce qui en arrivera. « Duc de Lujnes, iltmoiret, t. XII, p. 313, 314, du vendredi 9 février 1753.
I. Foisset, Voltaire et le président de Broues (Didier, 1858). Supplément à la correspondance de Voltaire et de Frédéric. Lettre de Voltaire; 5 janvier 1753.
rv.