‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 328 sur 431 · DÉMENTIS DANS LES GAZETTES · texte numérisé non relu

DÉMENTIS DANS LES GAZETTES

manquerait pas de dire que j’ay assez de santé pour aller chez vous, et que je n’en ay pas assez pour aller chez luy. »

A la demande de Frédéric, le poète faisait insérer, le 18 janvier, dans la Gazette de Spetter , une déclaration par laquello il se défendait d’avoir eu la moindre participation aux publications dont Berlin avait été tout récemment inondé, aussi bien qu’aux doctes disputes éditées par Mindener Cela n’était que pure question de forme et ne pouvait tromper personne. Il publiait de sa pleine initiative une semblable protestation d’innocence dans un journal qui ne relevait pas aussi directement que celui de Berlin de Sa Majesté prussienne; mais il le faisait à sa façon, non sans y glisser une leçon de convenance à l’adresse de ceux qui se méprennent si étrangement sur leurs droits et leurs devoirs. a.M.de Ko/toVe, mandaiton à la Gazette (f Utrecht, proteste n’avoir jamais fait de libelle diffamatoire contre M. de Maupertuis , et pense que des disputes entre gens de lettres, sur des expériences de physique singulières , ne peuvent être traitées ni comme des affaires d’Iïtat, ni des affaires criminelles ”... » On ne lui en demandait pas autant à Berlin et, sans doute, trouva-t-on que cette dernière reflexion était trop, bien que la maxime n’eût en soi rien que de très-judicieux et de trèslicite.

1. Venedey, Friedrich der G rot s uml Foliaire (Leipzig, 1859), p. 132. — Gaielie de Berlin (1753). n° VIII.

2. Gazelle d'Olrechl , du mardi 20 février 1753 (nu XV), supplément. De Berlin, le 13 février.

h EK VOl DU CORDON ET DE LA CLEF D’OR. 387 Frédéric n’y tenait plus; il avait faim, il avait soif de Voltaire, et son impatience s’augmentait des prétextes que prenait celui-ci pour ne pas sortir de chez lui. Il invite enfin le coupable pardonné à retourner à Potsdam avec lui, le 30 janvier, jour de son départ de Berlin. Le procédé était trop significatif pour n’être pas divulgué, et l’auteur de la Henriade n’aura garde de ne point l’apprendreà toute la terre. uSi vous écrivez à Paris et à Versailles, insinue-t-il au chevalier de la Touche, le 27 du même mois, je vous prie de vouloir bien mander cette nouvelle pour détruire les faux bruits qui y courent.... » Il ne négligera pas pour sa part de raconter fort au long à ses amis de France les moindres incidents de ce retour de faveur. Il l’aunonce à madame Denis; mais madame Denis est sa nièce. Il l’annonce au marquis de Thibouville, une des trompettes de sa gloire à Paris il l’annonce à M. de La Virotte. « Je lui ai renvoyé, mande-t-il à celui-ci, son cordon, sa clef d’or, ornements très-peu convenables à un philosophe, et que je ne porte presque jamais. Je lui ai remis tout ce qu’il me doit de mes pensions. Il a eu la bonté de me rendre tout, et de m’inviter à le suivre à Potsdam, où il me donne dans sa maison le môme appartement que j’ai toujours occupé. J’ignore si ma santé, qui est plus déplorable que mon aventure, me permettra de suivre sa Majesté 1 2. » Mais cela ne lui suffit pas; c’est là une

1. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 272, 273. Lettre île Voltaire au marquis de Thibouville ; ce 28 (jauvler 1753).

2. Ibid., t. LVI, p. 275. Lettre de Voltaire h M. de La Virotte; (ïi'rlln, le 28 janvier 1753.

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