HALLER
quel était l’auteur de ce petit traité matérialiste, et Haller ne tarda pas à savoir à qui il était redevable de cette compromettante politesse. Ce dernier envoya tout aussitôt à l’éditeur de la liibliothèque raisonnée un formel désaveu de l’amitié et des principes de La Mettrie, que le libraire ne jugea pas à propos d’insérer. Il fallait pourtant désabuser le public; et l’honorable professeur de l’université de Gœttingue s’adressa alors au Journal des Savants, qui ne fit pas difficulté d’imprimer sa déclaration dans ses feuilles. Dans le cas de La Mettrie, il y avait le côté charge, le côté « gamin,» comme on dirait de nos jours, et cela se pardonne aisément eu France, où la plaisanterie et la drôlerie sont les produits et les fruits du sol. Il va sans dire que les mômes choses, qui eussent fait sourire chez nous un grave savant, devaient prendre les proportions d’un attentat partout ailleurs. Haller était ou se crut déshonoré. 11 était de toute urgence que l’on sût qu’il n’avait rien de commun avec cet impudent se larguant de son amitié pour l’envelopper dans la réprobation que son livre ne pouvait que lui attirer de la part de tout honnête homme et de tout chrétien.
L'auteur anonyme de l'Homme machine m’ayant dédié cet ouvrage également dangereux et peu fondé, je crois devoir à Dieu, à la religion et à moi-môme la présente déclaration, que je prie messieurs les auteurs du Journal des Savants d’insérer dans leur ouvrage. Je désavoue ce livre comme entièrement opposé à mes sentiments. Je regarde sa dédicace comme un affront plus cruel que tous ceux que l’auteur anonyme a faits à tant d’honnêtes gens, et je prie le public d'être assûré que je n’ai jamais eu de liaison, de connaissance, de correspondance, ni d’amitié, avec l’auteur de l'Homme machine, et que je regar-