‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 335 sur 431 · L’ABBÉ DE PRADES · texte numérisé non relu

L’ABBÉ DE PRADES

avec Fredersdorff, pardieu avec le roi lui-même, comment vous pourrez faire pour que j’aie la consolation de le voir avant mon départ. Je le veux absolument; je veux embrasser de mes deux bras l'abbé et le marquis. Le marquis ne sera pas plus baisé que vous; le roi non plus. Mais je m’attendrirai; je suis faible, je suis une poule mouillée. Je ferai un sot personnage; n’importe! je veux encore une fois prendre congé de vous deux. Si je ne me jette pas aux pieds du roi, les eaux de Plombières me tueront. J'attends votre réponse pour quitter ce pays-ci en homme heureux ou en infortuné 1 .

Ces tendresses à l’abbé s’expliquent. Prades était à Berlin la créature de Voltaire, à qui il devait sa situation. Il avait bien fallu prendre le large après la condamnation de la fameuse thèse *, et il s’était d’abord sauvé en Hollande. D’Àlembert, qui ne pouvait manquer de prendre sous sa protection un abbé qui avait d’aussi louables idées sur l’essence de l’âme, sur le bien et le mal moral, sur la loi naturelle et la religion révélée, et sur les miracles, avait prié madame Denis d’écrire à l’oncle en sa faveur *. Voltaire, à la réception de la lettre, se met aussitôt en campagne et s’emploie, tout d’abord, à gagner d’Argens à la cause de celuici. « Ou je me trompe, mon cher Isaac, ou M. de Prades , que je ne veux plus nommer abbé , est

quelque lems à Monaco, en est de retour A Potsdam depuis le 26 du mois dernier. » Gazette d'Utrecht , du mardi 7 septembre 1751 (n° LXXIt). Supplément.

1 . Œuvres de Frtdéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. XXII, p. 30S. Lettre de Voltaire A l'abbé de Prades; Berlin, au Belvédère, 15 mars. Ce ne doit pas être le 15, mais le 17 mars, car cette lettre est bien évidemment une réponse A la lettre de Frédéric, qui est du 16.

2. L’abbé de Prades, Apologie (1752, 3 parties, in-8°). — Voltaire, OEuvres complues (Beuchot), t. XXXIX, p. 530-518.

3. Ibid., t. LV1, p. 159. Lettre de d’Alembert à Voltaire; à Paris, le 21 août 1752.

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