LECTEUR ET SECRÉTAIRE DU ROI
l’homme qu’il faut au roi et à vous : naïf, gai, instruit et capable de s’instruire en peu de temps, intrépide dans la philosophie, dans la probité et dans le mépris pour les fanatiques et les fripons ; voilà ce que j’ai pu juger à première vue » Le marquis eût trahi son passé s’il eût refusé son appui à cette victime du fanatisme et de l’intolérance. « L’abbé de Prades est enfin arrivé à Potsdam, du fond de la llollande où il s’était réfugié. Nous l’avons bien servi, le marquis d’Argens et moi, en préparant les voies. C’est, je crois, la seule fois que j’ai été habile ; je me remercie d’avoir servi un pareil mécréant. C’est, je vous le jure, le plus drôle d’hérésiarque qui ait jamais été excommunié. Je crois qu’il sera lecteur du roi de Prusse et qu’il succédera dans ce grave poste au grave La Métrie . En attendant, je le loge comme je peux’. » Frédéric, auquel la tournure d’esprit de l’abbé ne déplut pas, üt de ce souteneur de thèses son lecteur et son secrétaire, avec une pension à laquelle vinrent bientôt se joindre deux canonicats, l’un à Oppeln, l’autre àGlogau5. Reconnaissant ou non, Prades, tenant la plume du roi dont il formulait les ordres, n’avait sans doute pas le choix des idées, si on le laissait parfois modifier les termes ; et il fallait bien dire des duretés même à ses amis et à ses bienfaiteurs, quand le philosophe de Sans-Souci n’était pas de bonne humeur. Mais c’est ce que sent et
1. Voltaire, OEuvrct compléta (Beuchol), l. LVI, p. 150. Lettre de Vollalre à d'Argens; Potsdam, août 1752.
2. Ibid., t. LVI, p. 151, 152. Lettre de Voltaire à madame Denis; Postdam, 19 août 1752.
3. Ibid. Lettre de Voltaire à Richelieu ; à Potsdam, le 25 novembre 1752.