ENTREVUE DU ROI ET DU POÈTE
comprend le poète tout en trouvant que l’abbé était devenu un vrai « secrétaire d’État, » et que son style ne péchait pas par l’excès de douceur, comme il le lui dit en effleurant, au eommencemement de sa lettre. Probablement la permission ne se fit pas attendre, car Voltaire, le 18 mars, après un stage de treize jours 1 dans la maison du faubourg de Stralow, partait de Berlin et arrivait à sept heures du soir à Potsdam où il reprenait au château son ancien appartement.
Le lendemain, après dîner, il se rendit dans le cabinet du roi, et ils demeurèrent deux bonnes heures enfermés ensemble. On eût voulu assister à cette entrevue, et recueillir toutes les assurances charmantes d’affection que se donnèrent ces deux grandes coquettes, avec une égale sincérité. Voltaire reparut, le visage rayonnant. Vraisemblablement, rien n’avait été épargné pour lui faire oublier le passé, et le faire renoncer à ses projets de départ. «En effet, nous dit Collini, j’appris de lui que Frédéric était entièrement revenu à la confiance et à l’amitié, et Maupertuis lui-même avait été dans quelques saillies immolé à leur réconciliation2. »
t. CoUini accuse onie jours. Mais comme Voltaire s'était établi chez Schwelgger, le 5 mars, en quittant ce refuge le 18, ce n’est point onze jours, mais treize jours qu’il y demeura.
2. Collini, Mon séjour auprès de Voltaire (Paris, 1807 ), p. 56. Si cela était vrai, 11 pourrait bien se faire que ce fût de cette entrevue qu'il est parlé dans une lettre en latin de Voltaire à Gottsehed. « Régi de Qclitia et insulsa contra Maupert. locutus sum et mccum risit. Dix! ilü M. polilicum magnum Centura thaleros dare magno Merian ut scribat, et ego dixi sine stipendio contra Maupertuisium. « Astulior te est, dixitrex. — Etiam, respondi , et glorior nullam astutiam adhibere... — Durus est, addit rex, et raecum sæpe acerbus. — Recte, dixi, recto tecum acerbus est, et mccum fulsll ;