JEU DOUBLE
L’auteur de la Uenriade demeura six jours à Potsdam, fêté, choyé par Frédéric. Mais la confiance était envolée, et ces soupers charmants gâtés par une arrière-pensée importune. Il ne leur manquait, en effet, pour qu’ils fussent délicieux, qu’une sécurité que rien ne pouvait rendre. Aussi Voltaire les appelait-il les soupers de Damoclès, mot dur, trop justifié pourtant. En dépit des caresses, le poète avaitinsisté sur l’urgence pour sa santé, et sa vie peut-être, d’aller aux eaux de Plombières, et force fut bien de le laisser partir. Ce fut, durant les huit jours qu'il passa près du roi, un jeu double des plu? savants, une succession de manœuvres habiles, mais qui ne devaient avoir aucun effet sur une détermination immuable. Frédéric, tout en n’ayant conservé aucun sentiment affectueux, tout en éprouvant au contraire quelque chose de pareil à la haine, ne pouvait se résoudre à se séparer de cet esprit incomparable dont les étincelles l’éblouissaient, et qu’il admirait en dépit de son irritation et de ses colères ; et, malgré son avarice, les sacrifices ne lui eussent pas coûté. Mais Voltaire, sur lequel du reste il opérait cette sorte de fascination, n’avait par pardonné; la blessure était toujours béante et saignante; Berlin, Potsdam, la cour, le roi, tout lui était également odieux.
Ce fut le 26, au matin, qu’eut lieu la dernière
Irridel tuo» Bubditos , aeadcmlam opprlmit. maxlmla virl* Insultât, et tu in eju» favoretn seripalsli , et sine etipendio ! a Henri Beaune , Voltaire au collige (Amyot, 1761), p. 33, 34, 6 avril 1753. L’original de cette lettre ae trouve à la bibllolh&quc de l’L'niversIlé de Leipzig.