‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 35 sur 431 · SON DÉSAVEU · texte numérisé non relu

SON DÉSAVEU

derois comme le plus grand des malheurs toute conformité d'opinions avec lui

Le désaveu s’adressait à l’auteur anonyme, qui, en somme, se l’était attiré par une licence d’un goût plus qu'équivoque. Les choses en fussent restées là, si notre La Mettrie eut été capable de quelque mesure et de quelque retenue. Ah! on le désavoue ! ah! on rejette son amitié comme une honte et un opprobre ! Eh bien ! il apprendra à tout l’univers que le vertueux Haller est tout à la fois un athée et un homme sans mœurs ; et, pour y arriver il composera le roman le plus insensé, le plus extravagant, le plus absurde, non pas qu’il veuille et qu’il pense être cru, mais par ce besoin de la moquerie, du persiflage, de la farce qu’il poussera, tant qu’il vivra, au delà de tout excès.

Citons, malgré sa longueur, ce passage qui sera un échantillon plus que suffisant de ce dont La Mettrie était capable , lorsqu’il était en verve de drôlerie et de bonne humeur.

Il n’y a pas, raconto-t-il avec le plus imperturbable aplomb, usqu'aux dames de l'université de Gœttingue, chez qui notre professeur se montre aussi brillant que profond philosophe. Je me souviendrai toute ma vie du dernier et singulier souper de filles que nous fîmes ensemble, La ***, H *** et moi. La *** m'y mena; il a toujours aimé le beau sexe, et d’ailleurs, sectateur d’un maître charmant, il se faisoit un plaisir de le suivre partout, jusque en ces lieux où la volupté règne, sans senti-

I. Journal des Savants, mai 1149, p. 300 et 301. Lettre de M, Haller, conseiller aulique, médecin du corps de S. M. Britannique, et professeur ordinaire de l'Université de Goettingue, membre du Conseil souverain de la République de Berne, 4 Messieurs du Journal des Savants; à Gietlinguc, le 12 de mars 1749.

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