DÉCRET CONTRE LE NATIF DE SAINT-MALO
les bras de la dite Université, supplie instamment messieurs les docteurs et écoliers do s'armer contre ce barbare de leurs écritoires et canifs. Il s’adresse particulièrememt à ses confrères; il espère qu'ils purgeront ledit sauvage dès qu'il paraîtra, qu’ils évacueront toutes ses Rumeurs peccantes, et qu'ils conserveront par leur art ce qui peut rester de raison à ce cruel Lapon, et de vie & leur confrère le bon Akakia, qui se recommande à leurs soins. Il prie messieurs les apothicaires de ne le pasoublier en cette occasion.
Une requête de cette urgence ne pouvait manquer d’être prise en haute considération. Intervint aussitêt un décret dont suit la teneur, ordonnant d’arrêter aux portes de la ville ledit natif de Saint-Malo, « lorsqu’il viendrait pour exécuter son dessein parricide contre le bon Akakia qui lui avait servi de père. »
Un quidam ayant écrit une lettre à un habitant de Leipsick, par laquelle il menace ledit habitant de l’assassiner, et les assassinats étant visiblement contraires aux privilèges de la Foire, on prie tous et chacun de donner connaissance dudit quidam, quand il se présentera aux portes de Leipsick. C'est un philosophe qui marche en raison composée du l'air distrait et de l’air précipité, l’œil rond et petit et la perruque de même, le nez écrasé, la physionomie mauvaise; ayant le visage plein et l’esprit plein de lui-même, portant toujours scapel en poche pour disséquer les gens de haute taille. Ceux qui en donneront connaissance auront mille ducats de récom|iense assignés sur les fonds do la ville Latine que ledit quidam fait bâtir, ou sur la première comète d’or et de diamant qui doit tomber incessamment sur la terre, selon les prédictions dudit quidam philosophe cl assassin ’.
Ces mesures prises, comme toute lettre mérite réponse, voici celle du docteur au natif de Saint-Malo. Elle couronne l’œuvre.