‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 347 sur 431 · RÉPONSE D’AKAKIA AU PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

RÉPONSE D’AKAKIA AU PRÉSIDENT

M. le président,

J’ai reçu la lettre dont vous m’honorez. Vous m’apprenez que vous vous portez bien, que vos forces sont entièrement revenues, et vous me menacez de venir m'assassiner si je publie la lettre de La Beaumelle. Quelle ingratitude envers votre pauvre médecin Akakia! Vous ne vous contentez pas d’ordonner qu’on ne paie point son médecin, vous voulez le tuer 1 Ce procédé n’est ni d’un président d’Académieni d’un bon chrétien, tel que vous êtes. Je vous fais mon compliment sur votre bonne santé; mais je n’ai pas tant de force que vous. Je suis au lit depuis quinze jours et je vous prie de différer la petite expérience de physique que vous voulez faire. Vous voulez peut-être me disséquer? mais songez que je ne suis pas un géant des terres Australes, et que mon cerveau est si petit, que la découverte de ses fibres no vous donnera aucune notion de l'âme. De plus, si vous me tuez, ayez la bonté de vous souvenir que M. de La Beaumelle m’a promis de me poursuivre jusqu'aux enfers; il ne manquera pas de m’y aller chercher : quoique le trou qu’on doit creuser par votre ordre jusqu'au centre de la terre et qui doit mener tout droit en enfer, ne soit pas encore commencé, il y a d'autres moyens d'y aller, et il se trouvera que je serai malmené dans l'autre monde, comme vous m'avez persécuté dans celui-ci. Voudriez-vous, monsieur, pousser l'animosité si loin?

Ayez encore la bonté de faire une petite attention : pour peu que vous vouliez exalter votre âme pour voir clairement i’avenir, vous verrez que si vous venez m'assassiner à Leipsick, où vous n’êtes pas plus aimé qu’ailleurs et où votre lettre est déposée, vous courez quelque risque d’être pendu, co qui avancerait trop le moment de votre maturité et serait peu convenable à un président d’académie. Je vous conseille de faire d’abord déclarer la lettre de La Beaumelle forgée et attentatoire à votre gloire, dans une de vos assemblées; après quoi il ne vous sera plus permis, peut-être, de me tuer comme perturbateur de votre amour-propre.

Au reste, je suis encoro bien faible, vous me trouverez au lit, et je ne pourrai que vous jeter à la tête ma seringue et mon pot de chambre; mais dès que j’aurai un peu de force, je ferai charger mes pistolets cum pulvere pyrio; et en multipliant la masse par le carré de la vitesse jusqu'à ce que l’action et vous

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