IMPERTINENCE DU PÈRE BOUHOURS. 4U
connu. Sa femme, elle aussi, s’était fait une réputation par son esprit, son érudition, son goût. Elle ne nous aimait point; elle avait ou croyait avoir ses motifs de rancune contre nous. Rien pourtant n’était moins équitable, et son ressentiment eût dû se concentrer sur le père Bouhours, qui faisait dire à Eugène, dans un de scs Entretiens, le quatrième : «C’est une chose singulière qu’un bel esprit Allemand ou Moscovite. » L’exclamation est assurément des plus impertinentes; mais ce que l’on n’a pas vu et ce qu’il eût fallu remarquer pour être juste, c’est qu’Ariste, l’interlocuteur d’Eugène, répond à cet insolent que l’esprit n’est étranger nulle part; et qu’Ariste, c’est le père Bouhours. Madame Gottsched s’était mise peu en peine de suivre jusqu’au bout la pensée de l’auteur, et, sur ce sot propos, relevé cependant un peu plus bas, elle avait voué à tous les Français une antipathie qu’elle ne cachait point. « Cette dame a résolu de leur faire porter la punition qu’a méritée leur compatriote et de ne faire grâce à aucun. » Si son aversion s’étendait à tous, on conçoit que ce ne fût pas pour tous avec la même intensité. De ceux qui représentaient l’élément français à Berlin, Maupertuis était celui qui avait trouvé le moins grâce devant elle. « Elle en veut surtout à l’illustre M. de Maupertuis, qu’elle met au-dessous de Regis et de Rohaut, deux simples compilateurs, ou plutôt abréviateurs des écrits de M. Descartes. Il semble qu’elle ne connaisse d’autre mérite à M. de Maupertuis que celui de savoir supporter le froid. Elle trouve très-mauvais que M. de Voltaire ait loué ce grand homme dans un fort mauvais poème ,