‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 353 sur 431 · AIGRE DÉMENTI · texte numérisé non relu

AIGRE DÉMENTI

et l’arriéré de ses pensions*. L’intention n’était que trop transparente, et n’avait rien qui dût flatter infiniment le philosophe de Sans-Souci. Il est vrai que ces nouvelles étaient publiées assez tardivement et en un momentoù elles n’avaient plus guère d’utilité, puisque Voltaire, quand la feuille d’Utrecht s’avisa de les insérer, était déjà à Leipzig depuis quelques jours. Quoiqu’il en soit, le roi de Prusse, particuliérement choqué de la dernière note, saisissait avec empressement ce prétexte pour faire reproduire tout au long salettre, dans la même gazette, avec un démenti aigre et cassant qu’ou avait voulu le plus désagréable possible.

On a élé surpris ici de voir dans la Gazette dTlrecht, du 3 avril, sous la date de Berlin, du 27 mars, un article (que l'on a requis l'auteur d'y insérer) et dans lequel il étoit dit que, la santé de M. de Voltaire étant fort dérangée, il avoit renouvelléses instances au roi, pour en obtenir la permission de se retirer; qu’il avoit remis à S. M. sa clef et la croix d’or, en renonçant à ce qui pouvoit lui être dil de ses pensions; mais qu'il n’avoit pu encore obtenir son congé. Il est clair qu'on engageant l’auteur de la même gazette à publier pareillo chose, on lui en a imposé, surtout par rapport au dernier article, puisque >1. de Voltaire a reçu l’argent doses pensions jusqu'au jour do son départ. Le 16 mars, le roi Ot la réponse suivante à une lettre qui lui avoit été remise de sa parl,etdans laquelle ce poêle l'avertissoit entro autres quo M. Kœnig avoit dessein d’écrire conlro S. M. *.

Venait alors la copie de la terrible lettre ; mais avant de s’adresser à la Gazette d'Utrecht , on avait déjà frappé à la porte de la Gazette de Hollande , qui n’avait

1. Gazent d’Utrecht, du mardi 3 avril 1753 (n° XXVII); de Berlin, 27 mara.

2. Ibid., du vendredi 20 avril 1753 (n° XXXH). Extiait d'une lettre particulière de Berlin, du 10 avril.

VOLTAIRE DÉFEND KCENIO.

pas fait difficulté de publier et!a rectification et l’épltre dont on l’avait escortée. La note finissait, dans le recueil d’Amsterdam, par une remarque dont le but trop visible, n’était pas précisément d’assurer la concorde et l’union dans le camp ennemi. « Ou sait ici que le roi ne parle des critiques de M. Kœnig, contre ses ouvrages, que parce que M. de Voltaire dans sa lettre, à laquelle celle-ci sert de réponse, avertissoit le roi que M. Kœnig vouloit écrire contre les ouvrages de Sa Majesté*. » On nous semble avancer là un fait peu exact, et que dément la correspondance du poète ; car nous ne connaissons pas de lettre où il mette en garde le prince contre les intentions hostiles du professeur de la Haye. Ces intentions, Frédéric pouvait y croire ; il en avait parlé même à Voltaire , qui sur-le-chàmp avait répondu : « Je suis ami de Kœnig, il est vrai ; mais assurément, je suis plus attaché à Votre Majesté qu'à lui ; et, s’il était capable de manquer le moins du monde à ce qu’il vous doit, je romprais pour jamais aveclui1 2 3. » Voilà qui est bien différent; Voltaire, nonseulement n’a pu dire que Kœnig se disposait à écrire contre Sa Majesté, mais eucore il repousse de toutes ses forces de pareilles calomnies. Le roi n’en démordra point ; et malgré les protestations de l’auteur de la Henriade, il fera allusion à ce prétendu complot, dans cette lettre du 16 mars qu’il tenait à faire lire à toute l’Europe. Voltaire, quelle que fût au fond sa con-

1. Gazelle de Hollande, du 17 avril 1752 (n° XXXI), Extrait d’une lettre de Berlin.

2. Voltaire, OEuvrea complètes (Bouchot), t. LV1, p. 289. Lettre de Voltaire à Frédéric; à Berlin, au Belvédère, le 1 2 mars 1753.

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