SUPPRESSION DES FEUILLES DE FRÉRON
qui dans ses conséquences n’est guère moins terrible pour lui que pour ses victimes ; car elle compromet à tout instant, avec sa dignité, le repos et le bonheur de sa vie. Déjà, l’année précédente, madame Denis, dépêchée par son oncle, était allée demander vengeance des attaques de Fréron qui avait hasardé, dans ses Lettres sur quelques écrits de ce tems, un portrait de Voltaire qu’il ne nommait pas, il est vrai, portrait peu flatté, comme on se le figure, où il était fait allusion aux travers de son esprit et aux vices de son cœur *. « La critique est bonne, dit le marquis d’Argenson à ce propos, mais l’invective est de trop: » Ce fut l’avis du directeur de la librairie, qui supprima la feuille de Fréron. L’auteur de la Flenriade se vante d’avoir imploré la grâce du journaliste auprès de M. de Malesherbes2. Mieux eût valu, à coup sûr, mépriser l’insulte, et cette magnanimité eût été beaucoup plus grande que celle qu’il s’attribue, sans que nous y croyions fort. Six mois après, Fréron eut, en effet, la liberté de reprendre ses Lettres. Mais il est probable qu’il le dut moins à l’adversaire hargneux et rancunier auquel il s’était attaqué qu’à son auguste protecteur, le bon roi de Pologue.
Voltaire reprit sa route le 30 avril, au matin, et arriva le soir à Marbourg, où l’on coucha et d’où l’on repartit le lendemain. A peine était-il à une lieue de la ville, qu’il s’apercevait qu’il avait oublié sa tabatière.
1. Lettres sur quelque! écrits de ce tems (Duchesne, 1752 ), I. VI, p. 34. Lettre I; Paris, ce 25 mars 1752.
2. Voltaire, OEuvres complètes ( Beuchol), t. LVI, p; 129. Lettre de Voltaire à d'Argental; Polsdam, le 22 juillet 1752. — Charles N isard, Les Ennemis de Foliaire (Ainjot, 1853), p. 201, 202, 203..