INUTILITE DE CES VIOLENCES
recours, et n’eût-il pas suffi de dépêcher une personne de confiance auprès du poète qui, ne voulant à aucun prix paraître brouillé avec son ami couronné, se fût exécuté, nous n'en doutons poiut? Quelque courtoisie qu’y eût mise le négociateur, le fait seul de sa démarche eût parlé assez haut pour que Voltaire n’eût pas osé répondre, en eût-il été tenté, par une fin de non-recevoir. Mais l’on accumulera violences et maladresses. L’arbitraire était déjà de trop ; on voudra qu’il soit aussi brutal qu’inepte ; du moins nulle mesure ne sera prise pour qu’on ne se permette rien au delà de l’indispensable. Et les historiens de Frédéric de s’indigner de la conduite de Voltaire, de sa duplicité, de ses petites ruses, de ses tentatives d’évasion ! Cela est au moins naïf, et c’est le lieu d’admirer jusqu’où peut aller l’infatuation du patriotisme, dans des questions où le patriotisme n’a que faire. Qu’importe à la gloire du vainqueur de Friedberg l’épisode de Francfort? En sera-t-il moins grand général? Et, Voltaire assumât-il tous les torts de cette étrange aventure, l’auteur de YAnti- Machiavel en serait-il moins un politique sans droiture comme sansscrupules, sans autre moralité que son intérêt propre? « L’ambition, l’intérêt, le désirde faire parler de moi l’emportèrent, et la guerre fut résolue. » N’est-ce pas l’aveu qu'il fait de ses mobiles au début de son Histoire? « La satisfaction de voir mon nom dans les gazettes, et ensuite dans l’histoire... » écrit-il également à Jordan1. N’exigeons pas que les grands hommes
1. OEuvre» de Frédéric le Grand , t. XVII t p. 91. Lettre de Frédéric à Jordan; à un village dont j’ignore la figure et le nom, 3 ii tard 17 4 1 •