RELATIONS DE VOLTAIRE ET DE COLLINI
soient de grands saints; ne les condamnons pas à nos vertus bourgeoises ; le droit commun ne leur est pas applicable, soit. Mais enteudons-le ainsi pour tous, pour Voltaire aussi bien que pour Frédéric.
La relation du poêle nous devait être suspecte, et c’était à nous de nous tenir en défiance. Celle de son secrétaire, moins passionnée, plus sobre, semblait inspirer plus deconfiance. Mais Collini lui-même, quelque honnête homme qu’il soit, était trop intéressé dans tout ce qui s'était passé pour ne pas présenter les faits sous un jour peu favorable à Freytag et aux autres. Nous n’avons pas oublié ce désopilant billet du résident qui transmettra son nom plus sûrement à la postérité que ne l’eût fait une épopée : « Monsir, sitôt le gros ballot de Leipzick sera ici, où est l’œuvre de poëshie du roi mon maître... » Avait-il été revu et corrigé par Voltaire, qui, après avoir lavé le linge sale du souverain, pouvait bien s’être donné cette peine en faveur de son représentant à Francfort? Jusqu’à l’apparition des mémoires de Collini, l’on avaitété en droit de concevoir des doutes; mais ceux-ci reproduisaient, en 1807, le même billet, mot pour mot, et venaient apporter à la citation un cachet de vraisemblance, sinon de parfaite certitude, à laquelle il n’y avait qu’à se rendre '.Après tout, ce Freytag était trop divertissant ainsi, et l’on trouvait trop son compte dans la légende pour que personne se crût intéressé à ce que ce billet si curieux ne fût qu’une invention diabolique de ce diabolique génie. Freytag parle de deux billets ; un seul a reparu.
I. Collini, Mon séjour auprès de Volt lire (Paris, 1807), p. 70.