INEXACTITUDES DU NARRATEUR
celui qui donnait acte à Voltaire de la remise des deux paquets de manuscrits, mais il suffit à nous édifier sur le plus ou moins d’habileté du résident à manier notre langue 1 . Convenons- en de bonne grâce : il en sait assez pour écrire « monsieur » et non « monsir, » et « poésie » comme tout le monde; et nous avons vainement cherché dans ce chiffon une faute d’orthographe. Autre inexactitude de Voltaire. Il nous dit qu’il mil au bas du fameux billet : « Bon pour l’œuvre d e poëshie du roi votre maître ; » il se contenta, en réalité, d’écrire sur le dos, d’une grande écriture soignée, selon l’expression de M. Varnhagen : « Promesse de M. de Freytag. » Que si l’on nous pressait davantage, nous irions jusqu’à soutenir que M. Freytag était un véritable lettré, connaissant ses classiques, les nôtres s’entend, et possédant son Molière qu’il ne dédaigne pas de citer à l’occasion.
La journée avait été rude. Cette enquête, ces perquisitions avaient duré de neuf heures du matin à cinq heures du soir, pas moins de huit heures, pendant lesquelles le poète avait dû se contenir, réprimer ses élans furibonds, se condamner à un flegme bien peu dans ses habitudes et sa nature. Ces efforts, ces
1 . [)n re»te, 11 est très-vraisemblable que Voltaire a reproduit intégralement, et sans y rien changer, ce billet si grotesquement travesti dans ses Mémoires, dans le Journal de ee qui s'est passé à Francforl-sur-le-Mein , qu'il adressait, on le présume, au comte de Sladion. Œuvres complètes [Beuchot) , t. LV1, p. 336. Voir aussi la Requête du sieur de Voltaire au roi de France , recommandée à monseigneur Te comte d'Argenson, ministre de la guerre, oii le billet de décharge de Freytag est reproduit comme dans le journal. Ibid., 1. 1, p. 407. Voir également la lettre de madame Denis, à l'abbé de Prades, du 18 juin. Varnhagen, t. VIII, p. 222, 223.