LE COUP DE POING SUR LA TÊTE
lieu au monde où l’ancien maréchal d’Écosse, pour sa part, n’eût pu risquer le pied sans jouer sa tête. Tout cela frappe donc un peu à faux. Pour le conte de Caravajal et de la dame, il a une bien autre portée: ou l’apologue ne veut rien dire ou il en dit trop, et beaucoup trop. Quoi ! Si Voltaire qu’on opprime ne se tait pas, s’il demande justice, s’il s’irrite de ne pas l’obtenir, qu’il prenne garde qu’un « coup de poing sur la tête» donné par quelque « graud et fort preisser » ne vienne le guérir à jamais de ses velléités de plaintes et de résistance ! L’intention de cette lettre n'est pas équivoque ; il s’agissait d’effrayer un homme facile à s’alarmer; et quand lord Maréchal prie madame Denis de ne pas montrer la lettre à son oncle et de la brûler, il compte bien n’être pas obéi. Qu’on s’imagine alors quel effet elle dut produire sur cet esprit déjà frappé. Ce « preisser, » qui ne fait jamais défaut, qui comprend à demi et devance les ordres, mais il était trouvé ! C’était le résident prussien, c’était Freytag ! Cette idée-là vintelle à Voltaire, et eut-elle quelque action sur ses démarches ? C’est ce que nous ne voulons pas affirmer. Dans tous les cas , le ton de la lettre de lord Maréchal n’en est pas moins peu convenable. L’enseignement qui se cache sous son persiflage est sinistre. 11 est offensant pour le prince, il compromet; car de tels excès de zèle ne se produisent qu’autant que celui qui les commet est sûr de n’être désapprouvé que pour la forme.
La réponse de madame Denis est datée de Francfort, où elle était depuis deux jours; elle est soumise, et a l’accent d’accablement que leur situation com-