‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 399 sur 431 · ARRESTATION DE MADAME DENIS · texte numérisé non relu

ARRESTATION DE MADAME DENIS

crie Collini, et, comme un exempt de police, nous conduit ainsi à travers la ville et au milieu de la populace attroupée »

Mais nous ne sommes pas au bout, et nous laisserons Freytag poursuivre son curieux rapport.

Le propriétaire du Lion d'Or ne voulant plus avoir Voltaire dans sa maison à cause de son incroyable parcimonie, je le déposai chez M. le conseiller aulique Schmid , résolu à ne rien décider sans ses bons conseils et son acquiescement au mode de captivité qui serait désormais appliqué au prisonnier. De retour en ville, M. le conseiller aulique s’était aussitôt rendu chez le bourgmestre, non-seulement pour le bien disposer, mais encoro pour lui donner sa caution par rapport à la réquisition royale. 11 y rencontra la prétendue nièce de Voltaire, mais que je considère comme un tout autre personnage, car hier est arrivée une lettre à sa destination portant l’adresse «madame de Voltaire. » Comme cette drôlesse effrontée (Weisbsmensch) s’en allait dans la ville étourdir les magistrats, le bourgmestre la fit mettre aux arrêts avec lo secrétaire*; et comme Voltaire» dans la maison de Schmid , avait tenté de s’échapper une seconde fois, on le fit conduire à l’hôtel du Bockhom (de la Corne de Bouc), et on donna une garde à chaque prisonnier, que nous avons réduite à deux soldats après réception do votre dernière lettre.

1. Collini, Mon téjour auprit de Voltaire (Paris, I807),p. 81, 82.

2. Freytag, plus tard, donne avec une ingénuité vraiment plaisante tes mollis de l'arreslalion de madame Denis. • Il faut encore que nous touchions deux mots des inventions dont la Denis a obsédé Sa Majesté. On peut voir, par notre mémoire antérieur, que nous n’avions d’autre ordre que d’arrêter Voltaire; mais, comme le conseiller aulique Schmid et mol nous trouvâmes la Denis susdite en pleine plainte auprès du bourgmestre, et qu’elle était • in procinclu » de courir chei tous les conseillers de la ville, j’ai demandé de l’arrêter pour ne pas gèter notre alTaire. » Pour ne pas g&ler notre affaire, est d’un comique exquis. Que madame Denis ne demeurait-elle en repos, et que ne laissait-elle opérer en paix ces braves gens! il faut convenir qu’elle inérile bien la colère et toutes les épithètes injurieuses dont on l’accable.

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