VOLTAIRE CHEZ LE CONSEILLER AULIQUE
Ce passage est à noter. Il prouve au moins que, si M. le résident prussien est incapable de mentir sciemment, il entrevoit les choses sous un aspect fantastique et que ses verres ne sont pas nets. Ce n’est pas madame Denis qui a rejoint Voltaire, c’est une drôlesse effrontée, qui importune les magistrats et que M. le bourgmestre a consignée dans sa chambre. Freytag passe rapidement sur cette captivité de madame Denis et du Florentin Collini; nous n’y perdrons rien, toutefois, et les détails abonderont de l’autre bord. Mais si cette femme, qui n’est pas madame Denis (parce qu’elle a reçu une lettre sous le nom de madame de Voltaire), n’est pas la nièce de son oncle, que lui est-elle donc, et que suppose M. le résident? L’âge, l’état maladif , cette apparence de squelette qui l’a frappé et qu’il signale tout d’abord, ne sont pas de suffisantes sauvegardes contre les étranges et peu charitables imaginations de M. de Freytag ? Eh bien, dans toute cette affaire, notre homme, que l’appréhension de donner à gauche, de ne remplir qu’imparfaitemeut ses instructions rend fou de peur, n’aura pasd’autre optique. Pour faire assez, il fera trop, et nous allons voir comment il interprétera les ordres les plus formels.
Nous avons laissé le poète chez le conseiller aulique. On amène les deux fugitifs près du comptoir ; un cercle de valets et de servantes les entoure. Madame Schmid n’a garde de ne pas se trouver là, elle toise Voltaire avec un dédain superbe, et vient assister au récit de l’expédition que leur fait Freytag, « de l’air d’un matamore, » nous dit Collini. La cassette, leurs effets sont mis sous séquestre. On leur prend leur ar-