EXCÈS DE ZÈLE DU RÉSIDENT
Il se peut aussi que Collini ait fait confusion. Lorsque ce dernier s’était réclamé de l’empereur d’Allemagne dont il était le sujet, il lui avait été répondu qu’on ne connaissait point l’empereur à Francfort. « Et Freytag présent dit au sieur de Voltaire et au sieur Cosimo que, s’ils avaient osé mettre le pied sur les terres de Mayence pour se mettre en sûreté, il leur aurait fait tirer un coup de pistolet dans la tête sur les terres de Mayence » Cela était sans doute plus accentué qu’il ne convenait à un personnage diplomatique, et l’on serait fondé à révoquer en doute une saillie tant soit peu brutale qui semble mal cadrer avec le flegme habituel du résident, si celui-ci ne confirmait lui -même le récit de Voltaire. « Nous eussions risqué notre vie, s’écrie-t-il, plutôt que de le laisser partir. Et si, moi, le conseiller de guerre, je ne l’eusse pas trouvé à la barrière mais en rase campagne, et qu’il se fût refusé à rétrograder, je ne sais pas si je ne lui eusse point mis une balle dans la tête. C’est à ce degré que j’avais à cœur les lettres et les écritures royales *. » Voltaire n’en impose donc pas toujours. Revenons au moment présent.
Deux heures s’écoulent ainsi. Enfin les portefeuilles et la cassette du poète furent logés dans une malle vide que l’on ferma au cadenas et sur laquelle on apposa les armes de Voltaire et le chiffre de Sehmid. 11 fut question ensuite d’emmener les captifs. Ce fut
1. Voltaire, OEuvres complètes iBeucliot), t. LYI, |). 330. Journal de ce qui s’est passé à Franc/or t-sur-Mein.
2. Yarnhagen von Lnte, Ucnkwurdiykeitcn und vermischte Schrifiett (Leipiig, 1869)* t. VIII, p. 207. Kapporl do Krejlag, du 0 juillet.