‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 403 sur 431 · LA CORNE RE BOUC · texte numérisé non relu

LA CORNE RE BOUC

Dorn qui fut chargé de ce soin. Ils furent conduits à la Corne de Bouc , un hôtel, dit Freytag, une mauvaise gargotte, dit Collini, en tous cas uue prison, où ils étaient attendus par un bas officier à la tête de douze soldats. Voltaire fut interné dans une chambre en compagnie de trois soldats, la baïonnette au bout du fusil. Collini, qui lui fut ôté , fut gardé de même. M. Varnhagen, s’en reposant invariablement sur le récit du Prussien Freytag, fait remarquer, à propos du récit du secrétaire italien, que l’entratnement du narrateur a sensiblement grossi le nombre des soldats*. Qu’on les réduise au chiffre avoué par M. le conseiller de guerre, il ne laissera pas d’être encore fort honnête : le rapport officiel en retranche un sur trois, restent deux factionnaires pour Voltaire, deux factionnaires pour Collini ! Donnons à M. Varnhagen acte de la différence, et gardons notre sérieux, si nous pouvons. Le cri d’indignation de Collini, trop en situation ici pour n’avoir pas son éloquence, nous y aidera.

Et c'est à Francfort, dans une ville qualifiée libre, que l’on insulta Voltaire, que l’on viola le droit sacré des gens, que l'on oublia des formalités qui eussent été observées à l’égard d'un voleur de grands chemins. Celle ville permit que l'on m'arrêtât, moi étranger à celte affaire, contre qui il n'existait aucun ordre, que l’on me volât mon argent, et que je fusse gardé a vue comme un malfaiteur. Dussé-je vivre des siècles je n'oublierai jamais ces atrocités *.

t . Varnhagen von Enac, Denkwurdigkeiten i ind vermitchle Schrijtm (Leipzig, 1859), t. VIII, p. 238.

2. Collini, Mon aéjour auprét de Voltaire (Parla, 1807), p. 83.

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