‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 405 sur 431 · UNE TERRIBLE NUIT · texte numérisé non relu

UNE TERRIBLE NUIT

baïonnette au bout du fusil, lui tenaient lieu de rideaux et de femmes de chambre *. » Dornse fit apporter à souper, sans plus de cérémonies, sans autrement s’inquiéter de l’état affreux où devait se trouver sa prisonnière, et se mit à manger et à vider « bouteille sur bouteille. » Voltaire, qui en mettra plutôt du sien que de passer le moindre incident, ajoute que le Dorn, apparemment échauffé par de copieuses rasades, eut l’insolence de vouloir « abuser d’elle. » Mais il se hâte de dire que les cris de sa nièce suffirent pour l’intimider et lui faire lâcher prise 2.

Le lendemain de cette dramatique journée, Freytag recevait de Frédersdorff la lettre suivaule, à la date du 16 juin. Le roi de Prusse était rentré à Potsdam, il avait pu prendre connaissance de ce qui se passait, et c’étaient ses derniers ordres qu’il faisait parvenir à sou résident de Francfort.

Après son heureux retour de Prusse, Sa Majesté a très-gracieusement approuvé ce que, selon ses ordres, vous avez fait à l’égard do M. de Voltaire. Mais, pour ne pas mettre plus longtemps obstacle à son voyage projeté de Plombières, elle permet qu’il le puisse continuer, à la condition qu’il vous délivrera la promesse en forme de renvoyer fidèlement in originali le livre qui appartient à Sa Majesté dans un délai bref que l’on déterminera, sans en prendre ou en laisser prendre copie, et cela sur sa parole d'honnèle homme, et avec la clause dans le cas où il y manquerait, de se reconnaître d’avance son prisonnier, dans quelque pays qu’il se trouvât.

Qu’il vous plaise, en conséquence, de lui présenter cette

1. Voltaire, OEuvres complètes (Bouchot), t. XL, p. 95. Mémoire» pour servir à la vie de Voltaire, écrits par lui-même.

2. Ibid., I. LVI, p. 337. Journal de ce qui t'est passé à Francfortsur-üein.

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