ORDRE DE RELACHER VOLTAIRE
promesse ainsi conçue, et lorsqu'il l’aura écrite et signée, de le laisser partir en paix et avec politesse. Vous voudrez bien encore m’informer du résultat par le prochain courrier...
H. S. Il est indispensable que M. de Voltaire écrive entièrement de sa main, signe et cachète la formule d'engagement que vous lui présenterez *.
Ainsi l’on avait fait passer le nerveux poète par toutes les agonies, on l’avait traité comme un bandit, on venait en dernier lieu de faire subir nonseulement à lui, mais encore à sa nièce (une femme qui n’avait rien pris au roi de Prusse), des outrages qui demeureraient excessifs, lors même que nous en retrancherions tout ce que M. Varnhagen déclare un peu arbitrairement de pure invention! Tout cela s’était accompli au nom du roi, qui n’avait que trop accusé l’importance qu’il attachait à recouvrer les divers objets emportés par son chambellan. Et voilà qu’au retour, bien qu’en ratifiant ce qui a été fait, il permettra, avec une facilité que les actes précédents rendent inexplicable , que Voltaire s’en aille, même avant que le livre de poésie se soit retrouvé, et sur une simple promesse de le restituer dans le délai le plus bref! Mais alors, pourquoi cette prison de seize jours? Et la confiance qu’on lui témoigne (un peu tardivement, on en conviendra) ne pouvait-on pas la lui témoigner plus tôt, et lui épargner une série d’opprobres qu’il n’oubliera ni ne pardonnera jamais? 11 y a là quelque chose d’illogique, d’inconséquent et d’in-
t . Varnhagen von Enie, Denku/urdigkeiten und vtrmiaehte Schriften (Leipzig, 1859), t. VIII, p. 238. Lettre de FréderadorlT à Frevlag; Potsdam, le 16 juin 1753.