‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 409 sur 431 · I. Lo 18 au matin · texte numérisé non relu

I. Lo 18 au matin

INTERVENTION DE LA MARGRAVE. 48!t

Voltaire faisait bien de compter sur le patronage de la margrave de Bayreuth. Celle-ci écrivait à son frère pour lui annoncer les démarches du poète et de sa nièce auprès d’elle, et plaidait de son mieux la cause du disgracié, non sans jeter une partie du chargement à la mer pour sauver l’autre. L'adroite princesse connaissait trop bien son frère pour ue pas savoir le péril de le heurter de front et de lui rompre en visière. Il avait à coup sûr raison contre l’auteur de la Henriade, et celui-là ne pouvait manquer d’avoir de grands torts; mais son sort n’était-il pas assez déplorable, et ne fallait-il pas se montrer miséricordieux ?

Je le considère comme le plus indigne et méprisable des hommes, s'il a manqué de respect envers vous dans ses écrits ou dans ses paroles; une telle conduite ne peut que lui attirer le mépris dos honnêtes gens. Un homme vif et bilieux comme lui entasse sottise sur sottise lorsqu’il a une fois commencé à en faire. Son âge, ses infirmités et sa réputation, qui est flétrie par cette catastrophe, m’inspirent cependant quelque compassion pour lui. Un homme réduit au désespoir est capable de tout. Vous trouverez peut-être, mon très-cher frère, que j’ai encore trop de support pour lui en faveur de son esprit; mais vous ne désapprouverez pas que j’aie pour lui la pitié qu’on doit même aux coupables dès qu’ils sont malheureux, et lors même qu'on est obligé de les punir. Son sort est pareil à celui du Tasse et de Milton. Ils finirent leurs jours dans l’obscurité; il pourrait bien finir do même...

On s’étonne que Voltaire ne tende pas les bras vers Frédéric, qu’il ne crie pas merci, dans sa détresse. Mais il est outré et, pour le moment, s’il le faut, il préférera s’humilier devant un Freytag. Cependant les pieds lui brûlent, son imagination ne diminue pas ce que sa situation a de critique, et il sent comme

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