DÉFAILLANCES
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Je vous conjure, Monsieur, écrivait-il à Freylag, d’avoir pitié d’une femme qui a fait deux cents lieues pour essuyer d’aussi terribles malheurs.
Nous sommes ici très-mal à notre aise, sans domestiques, sans secours, entourés do soldats. Nous vous conjurons de vouloir bien adoucir notre sort, vous avez eu la bonté de nous pro mettre de nous ôter celte nombreuse garde1.
Souffrez que nous retournions au Lion d'Or, sous notre serment de n’en partir que quand Sa Majesté le roi de Prusse le permettra. Il y a là un petit jardin nécessaire pour ma santé, où je prenais des eaux de Schwalbach. Tous nos meubles y sont encore, nous payons à la fois deux hôtelleries; nous espérons que vous daignerez entrer dans ces considérations... Enfin, Monsieur, je vous prie d’excuser les fausses terreurs qu’on m’avait données. Soyez persuadé que pi ma nièce, ni monsieur Collini, ni moi nous ne sortirons que quand il plaira à Sa Majesté. Nous n’avons ici aucun secours, même pour écrire une lettre. Pardonnez, je vous en prie, et ne nous accablez pas.
Madame Denis a vomi toute la nuit, elle se meurt. Nous vous demandons la vie.
Et cette lettre n’est pas la seule marque de faiblesse que nous ayons à constater. Dorn, le redoutable Dorn , avait insinué que semblables démarches pouvaient avoir le meilleur résultat. « Le lendemain, raconte Collini, Dorn parut et dit qu’il fallait présenter une supplique à Son Excellence monseigneur de Freytag, et l’adresser en même tems à M. de Schmith. « Je « suis persuadé qu’ils feront tout ce que vous désirez, « ajouta-t-il ; croyez-moi, M. Freytag est un gracieux « seigneur. » Madame Denis n’en voulut rien faire. Ce misérable faisait l’officieux pour qu’on lui donnât quelque argent. Un louis le rendit le plus humble des
I. Elle était donc nombreuse, quoi qu’on en dise; autrement Vol taire, parlant à Freytag qu’il voulait attendrir, ne se fût pas exprimé de la sorte.