‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 413 sur 431 · REVIREMENT DE L'OPINION · texte numérisé non relu

REVIREMENT DE L'OPINION

remit à signer après avoir donné audience à l’envoyé du premier magistrat de Francfort. Cette entrevue le retourna complètement. Toutes ces maladresses,, toutes ces violences avaient fini par révolter les bons habitants de la ville ; le sentiment public était contre ces abus d’autorité qui étaient un outrage à leur souveraineté. Les amis du poète, et il en avait de chauds, se remuaient aussi et ne se gênaient point pour témoigner l’intérêt qu’il leur inspirait. C'était plus qu’il n’en fallait pour faire changer d’avis à l’auteur de la Ilenriade, qui ne voulut plus avoir affaire qu’au magistrat seul, comme se trouvant sous sa juridiction naturelle. L’on devine dans quelles angoisses ces complications durent jeter le pauvre Freytag, dont le rapport est un morceau trop curieux pour n’être pas joint au dossier.

Bien que nous fussions dans la plus grande irrésolution si nous devions élargir Vollaire ou non, — vu qu’un serviteurpro re nala peut bien arrêter quelqu'un, mais qu’il no lui est pas permis de l’élargir sans avoir préalablement pris l’ordre suprême, surtout si ce quelqu’un s'est enfui contre la foi et la parole donnée, car cela témoigne d’une mauvaise action qu’on a commise ou qu’on veut encore commettre, ou môme, si cela n'était pas, il ne peut pas être commis un plus grand crime envers son maître que d'échapper aux arrêts infligés, — nous lui avons néanmoins fait entendre de nous remettre un écrit portant sur les quatre points suivants par suite de l'ordre suprême de Votre Majesté arrivé hier, qui, quoique sans date, dit clairement de laisser partir Voltaire :

1° Envoyer immédiate à Votre Majesté toutes les écritures royales qui pourraient encore se trouver;

2° Déclarer n’avoir pris copie du livre « Œuvres de poésies » ni en totalité ni per pièce;

3° So soumettre à la prison, en quelque pays qu’il se trouve, on cas qu’il eût agi contrairement à cet engagement;

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