‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 415 sur 431 · ATTITUDE MENAÇANTE DU POÈTE · texte numérisé non relu

ATTITUDE MENAÇANTE DU POÈTE

l’espoir que Sa Majesté ressentira de la manière la plus énergique cette audace municipale et ne nous jugera pas sans nous entendre ! » Voltaire, toujours d’après Freytag, était soutenu et épaulé par un soidisant gentilhomme de Meinungen et un conseiller de ville, nommé Senckenberg, « homme abominable qui contrecarre toutes les affaires prussiennes, qui, en méchanceté, en impiété, n’a évidemment pas son égal dans ce pays-ci. »

Comme Freytag et Schmid se disposaient à se rendre chez le poète, ils apprenaient par le bourgmestre que ce dernier avait remis un nouveau mémoire et requérait contre eux une commission. Ils se firent annoncer, mais il leur fut répondu que M. de Voltaire était souffraut, et qu’il ue pouvait leur donner audience. « En présence de ces impolitesses, » ils chargèrent le magistrat de lui renvoyer son épée et de le prévenir qu’il pouvait faire chercher le peu d’argent déposé chez le conseiller Schmid, défalcation faite des frais montant au total de 190 florins, tl kreuzer'. Mais ce n’était pas le compte de Voltaire, quieûtacheté un bien autre prix la faculté de faire peser sur la tête de ses ennemis une accusation flétrissante. Il refusa de rien enlever et manda un notaire devant lequel il protesta solennellement contre les violences et les vexations dont il avait été l’objet. Collini, lui aussi, rédigea sa protestation, et l’on se disposa dès lors au départ. Ce refus du poète chiffonnait Freytag et Schmid, qui se décidèrent à lui faire remettre son

I . Vamhagen Ton Ense, Denkwurdigkeiten tind verrnischle Schriften ( Leipzig, 1859), t. VIII, p. 267 & 270.

VOLTAIRE VEUT TEER DORN. 4»7

argent par Dorn contre quittance. « Mais, au lieu de le recevoir, rapporte le résident prussien, il arrive avec un pistolet, l’arme et veut le tuer. Le secrétaire de Voltaire lui arrête le bras en s’écriant : « Mon Dieu !

« monsieur! » et le force de passer dans une autre pièce. » Le poète, il est vrai, raconte les choses tout différemment. Ce Dorn, le redoutable Dorn, n’était au fond qu’un poltron fort alerte à s’effrayer, et que la vue d’un pistolet détraqué suffisait pour mettre en déroute.

Le 7 au matin , le nommé Dorn ose revenir chez la dame Denis et le sieur de Voltaire, feignant de rapporter une partie de l'argent que le sieur Schmid avait volé dans les poches du sieur de Voltaire et du sieur Collini ; puis il va au conseil de la ville faire rapport qu’il a vu passer le sieur de Voltaire avec un pistolet, et prendre ce prétexte pour que Schmid et lui gardent l’argent. Deux notaires jurés, qui étaient présents, ont beau déposer sous serment que ce pistolet n'avait ni poudre, ni plomb, ni pierre, qu'on le portait pour le faire raccommoder \ en vain trois témoins déposent la même chose. Le sieur de Voltaire est forcé de sortir de Francfort avec sa nièco et !o sieur Collini, tous trois volés et accablés de frais, obligés d'emprunter de l’argent pour continuer leur route. On a volé au sieur de Voltaire papiers, bagues, un sac de carolins, un sac de louis d'or, et jusqu'à une paire de ciseaux d’or et des boucles de souliers *.

Est-ce assez circonstancié, et la méprise de ce coquin subalterne ne semble-t-elle pas aussi évidente qu’elle est plaisante? Malheureusement, Collini convient de tout ce que nie Voltaire, et il ressort de son récit même que Dorn n’avait pas eu si grand tort de détaler au plus vite.

t. Voltaire, OEuvret complète» (Bouchot), l. LVI, p. 338. Journal de ce qui * est pané ù Francfort iur-Uein.

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