‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 416 sur 431 · APPORT DU SECRÉTAIRE · texte numérisé non relu

APPORT DU SECRÉTAIRE

Peu s'en fallut, dit-il, qu'un moment de vivacité de Voltaire ne nous retint encore à Francfort et ne nous replonge.lt dans de nouveaux malheurs. Lo matin , avant de partir, je chargeai deux pistolets que nous avions ordinairement dans la voiture. En ce moment, Dorn passa doucement dans le corridor et dans la chambre, dont la porte était ouverte. Voltaire l’aperçut dans l'altitude d'un homme qui espionne. Le souvenir du passé alluma sa colère; il se saisit d'un pistolet et se précipita vers Dorn. Je n’eus que le tems de m’écrier et de l'arrêter. Le brave, elTrayé, prit la fuite, et peu s’on fallut qu'il ne se précipitât du haut en bas de l’escalier.

Il n’y avait sans doute pas grand mal à tout cela, même pour l’estimable Dorn, qui, sans avoir reçu la moindre égratignure, se crut en droit de déposer une plainte contre cette tentative d’assassinat dont il comptait bien tirer quelque profit. On lisait, en effet, à la fiu du rapport de Freytag, du 6 juillet, celte phrase écrite, nous est-il dit, de la main de l’honnête secrétaire ; « Il a (Voltaire) laissé son peu d’argent chez moi et le conseiller aulique Schmid, argent qui peut servir de satisfaction au secrétaire Dorn, attendu que cet attentat a retenti immédiatement dans toute la ville avec toute espèce de commentaires, de façon que sa femme et son enfant ont été plongés dans la plus grande frayeur, et sont présentement malades et alités. » Ajoutons que cette insinuation ne rencontrera pas tout l’accueil qu’en attendait son auteur, et que Frédéric, qui avait plus d’une affaire eu tête, ne semble pas s’être préoccupé outre mesure de récompenser et d’indemniser ce galant homme.

Quant à Freytag, il ne sait plus où il en est, quoi penser, quoi résoudre. Il supposait avoir bien mérité du prince, s’être acquitté d’une mission plus qu’ardue

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