SURPRISE DE FRÉDÉRIC. 4D
avec autant d’énergie que de prudence, et il se voyait incompris et presque désavoué ! Les lettres qui lui arrivent de Potsdam, loin de confirmer les mesures qu’il a cru devoir prendre, témoignent d’une surprise qui équivaut à un blême. « Je ne vous avais rien ordonné de tout cela, disait Frédéric, le 20 juin. Il ne faut jamais faire plus de bruit qu’une (chose?) ne le mérite. Je voulais que Voltaire vous remit la clef, la croix et le volume de poésies que je lui avais confiées; dès que tout cela vous a été remis, je ne vois pas de raison qui ait pu vous engager à faire ce coup d’éclat... » Et cette fuite, sire ! cette criminelle et exécrable fuite ! Cet attentat abominable contre votre autorité !...
Le 2 juillet, autre billet de Frédersdorff recommandant à Freylag de remettre Voltaire en liberté et de « ne faire la moindre allusion à sa fuite. » Enfin, le 9, une dernière injonction de Frédéric, qui s’étonne d’entendre encore parler de Voltaire et de sa détention. «Vous devez avoir reçu les ordres que je viius ai donnés de le laisser aller où bon lui semblera, ainsi que sa nièce. » Voltaire était loin alors, et la recommandation inutile ; mais tout cela laissait appréhender que l’on n’eût pas rendu, en haut lieu, pleine justice au mal que s’étaient donné ces braves gens pour accomplir une mission au-devant de laquelle ils n’étaient pas allés et qui les avait moins flattés qu’effrayés. Et c’est ce que le pauvre résident ne peut s’empêcher de témoigner dans son rapport du 6 juillet.
En somme, ils avaient été pleins de zèle, sinon d'intelligence. Les ordres éplorés qu’ils avaient reçus