‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 418 sur 431 · LETTRE RASSURANTE DE FRÉDERSDORFF · texte numérisé non relu

LETTRE RASSURANTE DE FRÉDERSDORFF

avaient pu leur faire croire qu’ils auraient, comme ils le disent d’ailleurs, à expérimenter contre un criminel d’État au premier chef. Et, convenons-en, ils avaient plutôt été déroutés que guidés par les prescriptions ambiguës qui leur avaient été adressées, durant l’absence du roi. Frédersdorff, auquel ils eussent pu s’en prendre à bon droit, loin de les charger auprès du maître, ce qui n’est que le procédé trop ordinaire aux chefs d’emploi, eut la loyauté de défendre leur conduite. 11 écrivait à Freytag, en date du 14 juillet, une lettre qui devait non-seulement lui rendre la tranquillité mais l’indemniser de tous ces soucis.

Vous pouvez, lui disait-il, mettre complètement de côté « l’inquiétude » que manifeste votre dernière. Vous n'avez rien fait que sur ordre royal, et vous l'avez exécuté de façon à ce que Sa Majesté en soit satisfaite. Vous n'avez rien à redouter du magistrat de la ville, puisquo vous avez agi d'après les instructions de votre souverain et comme personnage ayant caractère royal , et c'est ce que vous pouvez lui déclarer « hautement. » Quant au Voltaire, qui est un homme sans honneur, Sa Majesté ne veut en aucune manière se commettre avec lui; et maintenant qu'il a livré les objets, qu’il aille oü il voudra. S'il était encore là, laisscz-le crier & son aise, et n’entrez pas plus en explication avec lui qu’avec le magistrat de votre conduite. Mais vous pouvez lui dire en face qu’il n’a pas à se prévaloir de son prétendu caractère de gentilhomme de la chambre du roi de France; que, s’il l’osait, à Paris la Bastille serait sa récompense. Au reste, je vous assure encore une fois que vous pouvez être complètement tranquille. Vous avez agi comme Adèle serviteur du roi et d’après son ordre, et les mensonges et les calomnies de Voltaire ne trouvent créance ni ici ni ailleurs1.

1. Varnhagen von Ense, Denhmrdigkeiten uud vermiichle Schriflen (Leipzig, 1859), t. VIII, p. 275, 276.

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