CONSÉQUENCES. SOI
Cette lettre du factotum, du maître Jacques de Frédéric, était à citer -, elle a une terrible signification et porte son accusation avec elle. « Il est absurde, s’écrie Macaulay, de dire que le roi ne fut pas l’auteur de cet outrage. Fit-il punir quelqu’un, quelqu’un eut-il à en répondre1 2?» Punir! tout au contraire, il rassure, il fait rassurer ses agents que le zèle a emportés, que la peur de mal faire a rendus frénétiques. En tout état de cause, un souverain absolu est pleinement responsable des ordres qu’il donne ou que l’on donne en son nom. Mais Frédéric, nous dira-t-on, n’était pas là pour surveiller des serviteurs ineptes qui avaient pris ses ordres à rebours et cru flairer, dans un poëte en disgrâce, un criminel d’État digne de toute leur surveillance et de toutes leurs rigueurs. Nous savons qu’il était parti de Berlin le i" mai pour la Silésie, et qu’il n’était de retour que le 15; qu’il repartait de sa capitale, le 1er juin, pour la Prusse, d’où il ne revenait que le 15 du même mois3, et que, durant cette absence, il fut peu à portée de connaître par le menu ce qui se passait à Francfort. Cela ne suffit point à le justifier. Lorsqu’on s’en repose du soin de ses affaires sur la fidélité et l’habileté de ses officiers, ne doit-on pas être sûr de leur tact et de leur intelligence? Mais, si Frédéric exigeait une fidélité sans bornes, c’était tout ce qu’il demandait: l’intelligence, l’habileté étaient de trop. Les gens habiles l’eussent
1 . Lord Macaulay, Essais historiques et biographiques , traduction de Gtiilluume Guizot (Lévy, 1 8 0 2 ) , deuxième série, p. 335.
2. Gazette Je Hollande , d«*8 8 et 1 5 mai, 2 et 22 juin 1753
(n°# XXXV111, XL1, XLVI, L).