LA CARTE A PAYER
plein d’un ressentiment implacable. Il a été, il se dit volé, et s’adresse au roi pour obtenir satisfaction; et Frédéric de faire écrire à Freytag par l’abbé de Prades : « J’ai encore reçu une lettre de Voltaire dans laquelle il ntfe demande que je lui fasse rendre les effets qu'on lui retint lorsqu’on l’arrêta. Je vous ai déjà donné mes ordres là-dessus, et quant aux frais qu’il ne veut peut-être pas payer, il n’est pas nécessaire pour cela de lui retenir le tout; ne gardez que ce qu’il faudra pour les payer et rendez-lui le reste (Potsdam, 31 juillet). » Ainsi la magnanimité de Frédéric allait jusqu’à ordonner de restituer, les frais prélevés, ce qui pouvait appartenir à son ancien chambellan ! Tout cela est presque naïf et frise la comédie.
Mais laissons de côté les instruments, ne voyons que les deux acteurs principaux. Voltaire et Frédéric. Soyons impartial , soyons juste , osons dire la vérité ‘ sur l’un et l’autre, car tout est déplorable et navrant dans ce triste épisode. Voltaire manque de dignité, il use des armes du plus faible, qui sont la ruse, le mensonge, l’humilité parfois; il ne sait pas souffrir avec noblesse, il s’emporte et s’exalte comme un furieux, il s’apaise comme un enfant. Son attitude est rarement celle qu’on lui souhaiterait. Mais, encore un coup, il n’est tout cela que parce que, abusant de sa force, un grand roi qui se dit et se croit philosophe, et qu’on appelle le Salomon du Nord, non pour sauvegarder les intérêts du pays (devant ceux-là tout peut paraître licite), mais pour se tranquilliser sur certaines indiscrétions qu’il redoute, n’a pas reculé devant la violation la plus flagrante du droit des gens chez un
so*